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Quand les avertissements du Leader deviennent un message à l’OTAN

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Quand les avertissements du Leader deviennent un message à l’OTAN

Les propos tenus le 17 février par le Leader de la Révolution islamique ne relèvent ni de la rhétorique émotionnelle ni d’un simple exercice de dissuasion verbale. Lorsqu’il évoque explicitement « une arme capable de couler un porte‑avions américain », le message ne s’adresse pas uniquement à Washington : il vise l’ensemble de l’architecture militaire de l’OTAN, fondée depuis des décennies sur la projection navale et aérienne.

À vrai dire, un porte‑avions n’est pas qu’un navire. C’est le symbole central de la suprématie militaire occidentale, le cœur mobile du commandement, de la dissuasion et de la frappe. Menacer ce symbole de manière crédible, c’est attaquer le mythe fondateur de l’invulnérabilité occidentale.

Ce qui change aujourd’hui -et que les propos du Leader rendent explicite-, c’est le passage d’une dissuasion iranienne strictement nationale, à une dissuasion systématique, intégrée dans un environnement multipolaire où la Chine pèse de tout son poids, une Chine qui voit en Iran non pas un simple partenaire économique, mais une superpuissance militaire.

Le déploiement du navire chinois de renseignement Liaowang‑1 en mer d’Oman, combiné aux soupçons américains sur le partage de données satellitaires et électromagnétiques, indique que l’Iran agit dans un cadre synergique contre l’OTAN. 

L’Iran s’inscrit désormais dans un contre ‑système informationnel et opérationnel, capable de neutraliser les avantages occidentaux les plus critiques que sont furtivité, surprise, guerre électronique.

L’OTAN a été, en effet, conçue pour affronter des États inférieurs sur le plan technologique, ou des conflits asymétriques sans contestation navale majeure.

Elle n’a jamais été pensée pour protéger efficacement des groupes aéronavals dans des mers étroites, saturées de missiles antinavires, drones-suicides, sous‑marins légers, capteurs distribués, et réseaux C2 intégrés.

Lorsque le Leader évoque une capacité de « mettre un porte‑avions hors de combat », il rappelle une réalité stratégique que les cercles militaires occidentaux reconnaissent en privé : un seul porte‑avions coulé ou gravement endommagé signifierait un choc psychologique, politique et militaire sans précédent pour l’OTAN.

En effet, les chiffres parlent d’eux‑mêmes : environ 400 avions américains déployés en Asie de l’Ouest, 600 autres en alerte dans les bases européennes de l’OTAN, près de 500 avions israéliens prêts à l’engagement. Soit près de 1 500 avions de combat, l’une des plus grandes concentrations de forces aériennes de l’histoire moderne.

Mais paradoxalement, cette accumulation de puissance révèle moins une confiance qu’une crainte profonde, celle que la supériorité technologique occidentale ne suffise plus face à un adversaire disposant d’alerte avancée, de correction terminale des frappes, et d’une capacité de saturation massive.

À cet égard, ce qui se dessine entre l’Iran et la Chine ressemble de plus en plus à un réseau de commandement et de contrôle partagé, fusionnant satellites, radars, capteurs navals et terrestres, avec un traitement accéléré des données, possiblement assisté par l’IA.

Ce modèle ne cherche pas à reproduire l’OTAN. Il vise à l’invalider, en neutralisant ses fondements : la liberté d’action, la supériorité informationnelle et la projection sans coût.

Les avertissements évoqués par le Leader ne sont pas une promesse de guerre. C’est une ligne rouge stratégique, adressée à Washington et à ses alliés : « Si vous frappez, vous perdrez ce que vous ne pouvez pas remplacer politiquement. »

En un mot, l’OTAN se trouve aujourd’hui confrontée à un dilemme historique : agir, et risquer un effondrement symbolique de sa suprématie navale ; ne pas agir, et accepter qu’un État hors OTAN puisse la dissuader ouvertement.

Ces propos constituent l’énoncé public d’un rapport de force déjà en train de basculer. Et c’est précisément cela qui provoque la panique à Washington :  pas l’Iran seul, mais l’Iran intégré dans un ordre post‑occidental en gestation.

 
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