(18 : 58) *Et ton Seigneur est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde. S’Il s’en prenait à eux pour ce qu’ils ont acquis, Il hâterait certes le châtiment. Mais il y a pour eux un terme fixé auquel ils ne pourront pas échapper.*
Ces versets, comme le lecteur le sait déjà, sont énoncés pour menacer les malfaiteurs d’un châtiment - ils ont agi en toute corruption sans qu’on puisse attendre le moindre bien de leur part. C’est une raison pour que le châtiment s’abatte, et pour qu’il soit immédiat sans leur donner de répit, car les maintenir en vie ne causerait que plus de corruption. Cependant, Dieu n’a pas rendu le châtiment immédiat, même s’Il l’a décrété. Au contraire, Il (swt) l’a reporté à un certain moment, dont Lui seul connaît la date exacte.
Le verset qui les menace d’un châtiment certain commence par « *Et ton Seigneur est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde* ». Il s’agit de communiquer - par la mention dans le verset de deux attributs (« *Celui qui pardonne* » et « *Le Maître de la miséricorde* ») - le châtiment immédiat que leurs actions imposent. La punition en soi est décrétée et prévue pour leur infliger ce qu’ils méritent par rapport à leurs actions, mais elle est repoussée parce que Dieu est « *Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde* ».
Les deux phrases « *Et ton Seigneur est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde. S’il s’en prenait à eux pour ce qu’ils ont acquis, Il hâterait certes le châtiment* » constituent deux plaidoiries présentées face à un juge, tandis que la phrase « *Mais il y a pour eux un terme fixé auquel ils ne pourront pas échapper* » constitue le jugement rendu qui satisfait les deux parties et maintient leurs droits. Il est pourvu des qualités de rétribution divine, car ce qu’ils ont fait appelle un châtiment. Le jugement se voit également attribuer les qualités de pardon et de miséricorde, en reportant et en ne rendant pas le châtiment immédiat. Ce faisant, le pardon divin efface une conséquence de l’action, à savoir le châtiment « immédiat », et la miséricorde les comble de vie, pour le moment.
En résumé, cela signifie : « Si votre Seigneur leur demandait des comptes, Il hâterait leur châtiment. Mais Il ne l’a pas accéléré car Il est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde. Il a en revanche décrété pour eux un châtiment, leur fixant un temps déterminé dont ils ne pourront se soustraire. »
La formule « *Mais il y a pour eux un terme fixé* » est l’énonciation d’un décret et non une énonciation simplement déclarative. Si tel était le cas, Il aurait dit : « Mais Il a fixé un terme pour eux ».
Le mot _ghafoūr_ est une forme intensive, qui signifie « Plein de miséricorde ». L’article défini dans _Dhoūl-Raḥma_ (litt. Possesseur de la miséricorde) signifie que l’intégralité de la miséricorde est visée. Il s’agit donc d’un attribut indiquant que la miséricorde s’applique à tout. C’est un sens plus large que _raḥmān_ ou _raḥīm_ qui signifient tous deux être plein de miséricorde ou être toujours et éternellement miséricordieux. Le terme _Dhoūl-Raḥma_ peut être utilisé de manière appropriée lorsque toute marque de résistance a été effacée. Dès que les circonstances le permettent, _Dhoūl-Raḥma_ s’applique. Le mot _ghafoūr_ doit faire tout le gros travail tandis que le mot _Dhoūl-Raḥma_ s’étend et couvre tout ce qui est dépouillé d’obstacle. C’est pourquoi on utilise la forme intensive _ghafoūr_ pour parler de Son Pardon et _Dhoūl-Raḥma_ qui désigne la totalité du genre de la miséricorde (_raḥma_).
(18 : 59) *Et voilà les villes que Nous avons fait périr (_ahlaknāhoum_) quand leurs peuples commirent des injustices et Nous avons fixé un rendez-vous pour leur destruction.*
« Les villes » est une métaphore pour les habitants des villes. _Mahlik_ (lit. moment de la destruction) est un substantif de temps.
Le sens du verset est clair : Retarder et différer leur destruction n’est pas nouveau pour Dieu. Au contraire, c’était une pratique commune de la part de Dieu que de détruire les nations précédentes qui propageaient le mal. Dieu les faisait périr après avoir fixé un temps précis pour leur destruction.
Ainsi, il est clair que la punition et la destruction auxquelles ces versets font référence ne concernent pas la punition le Jour de la Résurrection mais la punition dans ce monde, telle que la punition à la Bataille de Badr, s’il s’agit d’une menace à l’encontre de l’élite Koraïchite, ou la punition à la fin des temps, s’il s’agit d’une menace pesant sur la communauté musulmane. C’est ce qui est expliqué dans l’exégèse de la Sourate Younous.
*EXAMINER LES NARRATIONS*
Tafssīr al-ʿAyyāshī dit à propos des paroles de Dieu « *quel est donc ce livre* » :
Khālid b. Najīḥ rapporte sous l’autorité d’Aboū ʿAbdoullāh (a) : « Le jour de la Résurrection, chacun recevra son livre et on lui dira : « Lis. » J’ai demandé : « Reconnaîtra-t-il ce qu’il contient ? » Il répondit : « Il s’en souviendra. » Il n’y aura pas un seul moment, une seule parole, un seul pas, ou quoi que ce soit qu’il ait fait qui ne soit pas mentionné, comme s’il venait de le faire à l’instant même. C’est pourquoi on dira : « *Quel est donc ce livre à n’omettre de mentionner ni péché véniel, ni péché capital ? » Et ils trouveront devant eux tout ce qu’ils auront fait.* » »
*Commentaire de l’auteur* : Cette narration montre que ce dont se souviendra une personne sera identique à ce qu’elle reconnaîtra dans ce livre qui lui sera donné. Ainsi, ce dont elle se souviendra sera ce qui sera écrit dans le livre. Si un acte commis par elle-même n’était pas présent dans son livre, la charge n’aurait pas été retenue contre elle et elle aurait pu le nier.
Concernant la phrase « *Et ton Seigneur ne fait du tort à personne* », Tafssīr al-Qoummī dit :
« Ils trouveront écrit tout ce qu’ils ont commis. »
Al-Bourhān fī Tafssīr al-Qourʾān dit sous l’autorité d’Ibn Bābawayh via sa chaîne de narrations sous l’autorité d’Aboū Mouʿammar al-Saʿdān sous l’autorité d’Imam ʿAlī (a) :
« « *Et les coupables verront le Feu. Ils sauront alors (_wa ẓannou_) qu’ils y tomberont* » (18 : 53) veut dire qu’ils seront sûrs d’y entrer. »
Al-Dourr al-Manthoūr dit que Aḥmad, Aboū Yaʿla, Ibn Jarīr, Ibn Ḥibbān, al-Ḥākim (qui insiste sur son authenticité) et Ibn Mardawayh rapportent d’Aboū Saʿīd al-Khoudrī sous l’autorité du Messager de Dieu (s) :
« Le Jour de la Résurrection, le mécréant devra rester debout pendant cinquante mille ans, comme cela n’est jamais arrivé dans le monde. Le mécréant verra l’enfer et pensera qu’il lui tombe dessus depuis une distance qu’il faudrait quarante ans pour parcourir. »
*Commentaire de l’auteur* : Cela confirme l’interprétation donnée ci-dessus de mouwāqiʿouhā (tomberont) comme désignant à la fois le fait que les mécréants tomberont dans l’enfer et que l’enfer leur tombera dessus.
À suivre inshaAllah ?
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974