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Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 34ème partie

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Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 34ème partie

(18 : 66) *Moïse lui dit : « Puis-je te suivre, pour que tu m’apprennes en retour un peu de ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction (_roushdan_) ? »*

Le mot _roushd_, contrairement à _ghayy_ (erreur) désigne la bonne compréhension. Dans ce verset, il est soit un objet intentionnel, soit un objet direct. Cela signifie que Moïse lui a dit : « Puis-je te suivre afin que tu m’apprennes [une partie] de ce qu’on t’a enseigné pour que je puisse être guidé, ou que tu m’apprennes [une partie] de ce qu’on t’a enseigné. »

(18 : 67) *[L’autre] dit : « Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi…*

Il s’agit d’un déni catégorique de sa capacité à faire preuve de patience face à tout ce qu’il le verra faire dans le but de l’instruire. Ce qui le prouve est :

a) L’emploi de l’emphase _inna_ (sûrement) et de l’utilisation de _ṣabr_ (patience) à l’indéfini après la négative, désignant ainsi toute patience quelle qu’elle soit.

b) Dire qu’il ne pourra (_istitaʿaî_) est plus emphatique que de dire simplement qu’il n’aura pas de patience.

c) La négative avec _lan_ (*« ne pourras jamais »*) par opposition à la _touṣbir_ (« tu n’auras pas la patience »).

d) L’action est subordonnée à la capacité, ce qui constitue la négation de l’action par la négation d’une des causes de l’action.

e) Nier la patience en niant ce qui permet d’être patient, à savoir détenir un _khoubr_ global (voir ci-dessous) et une appréhension de la réalité et une interprétation de l’incident qui permet à quelqu’un de savoir que cela doit avoir lieu au vu de cette réalité. 

Al-Khiḍr dit que Moïse sera incapable d’avoir de la patience par rapport à ce qu’il fera sur la base de ce qu’il sait ; il dit : « *Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi* » et ne dit pas que Moïse sera incapable d’avoir de la patience face à la connaissance d’al-Khiḍr en soi.
Il n’a pas dit : « Tu n’auras pas la patience et tu ne pourras pas endurer ce que je sais. » Moïse ne s’est pas indigné contre al-Khiḍr lorsque celui-ci lui a expliqué ce qu’il l’avait vu faire. Moïse ne s’est indigné contre lui que lorsqu’il a vu les actions elles-mêmes exécutées par al-Khiḍr au cours de son enseignement.

Il y a donc une règle pour la connaissance et une autre pour voir ce qui est fait sur la base de cette connaissance. C’est comme la fois où Moïse est revenu du mont Tor et vit que son peuple s’était mis à adorer le veau après son départ ; il était rempli de rage, a jeté les tablettes, et a pris son frère par la tête, le traînant vers lui. Dieu lui en avait parlé au mont Tor mais il n’a rien fait de ce qu’il allait faire plus tard, même si la parole de Dieu est plus véridique que l’expérience de la réalité. Le récit complet se trouve dans la Sourate al-A’raf (Le mur d’A’raf).
« *Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi* » prévient Moïse qu’il ne pourra pas supporter la méthode d’enseignement adoptée par al-Khiḍr s’il le suit et non pas qu’il ne pourra pas faire face à la connaissance.

(18 : 68) *Comment endurerais-tu des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance (_khoubran_) ? »*

Le mot _khoubr_ signifie connaissance. Grammaticalement, nous avons à faire à une spécification ou clarification.

(18 : 69) *[Moïse] lui dit : « Si Allah veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres. »*

Moïse lui a promis d’être patient, mais il a subordonné cette promesse à la volonté de Dieu. Ainsi, il n’a pas menti lorsqu’il ne s’est pas montré patient. _Wala aʿsi_... (*« je ne désobéirai pas... »*) est relié à _ṣabiran_ (« *patient* ») par la conjonction « *et* » ; ainsi, la promesse de ne pas lui désobéir est également conditionnée à la volonté de Dieu et Moïse n’a pas rompu sa promesse lorsqu’il n’a pas suivi l’ordre de ne pas poser de questions.

(18 : 70) *« Si tu me suis, dit [l’autre,] ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »*

« *En* » dans « *tant que je ne t’en aurai pas fait* » est relié à _dhikran_ (lit. « *mention* »). _Iḥdāth al-dhikr_ d’une chose signifie commencer à en parler sans que rien ne le précède. Ainsi, ce verset signifie : « Si tu me suis, ne m’interroge sur aucun de mes agissements dont tu seras témoin, et qui sera difficile pour toi de regarder, jusqu’à ce que je décide d’en parler en premier. » Cela implique l’idée qu’il le verra faire des choses qu’il aura du mal à regarder. Il les lui expliquera mais Moïse ne doit pas lui poser de questions avant. Au contraire, il doit se montrer patient jusqu’à ce que al-Khiḍr aborde le sujet.

D’après ces versets, Moïse s’est comporté avec al-Khiḍr en respectant les bonnes manières et les attendus d’un élève consciencieux de manière exceptionnelle. C’est extraordinaire, étant donné qu’il était celui à qui Dieu s’était adressé (_Kalīm Allāh_), Moïse, fils de ʿImrān, le Prophète Messager et l’un de ceux dotés de constance, le destinataire de la Torah.

Ce qu’il dit du début à la fin est empreint d’humilité. Tout d’abord, il est poli avec al-Khiḍr – il ne présente pas sa demande à être instruit en utilisant la forme impérative mais plutôt comme une question – en réprimant son propre désir. Il parle de « *[le] suivre* » au lieu de l’accompagner. Il ne propose pas d’être instruit comme condition. Au contraire, il dit : « *en retour* ». Ensuite, il se considère comme un élève et il magnifie le niveau de connaissance d’al-Khiḍr en se référant à son acquisition à la forme passive ; « *ce qu’on t’a appris* » par opposition à « ce que tu sais ». Puis, il le loue en disant _roushdan_ (« *bonne direction* »). Puis, il lui demande « *un peu de ce qu’on t’a appris (_mimma ʿoullimta_)* » par opposition à « tout ce qu’on t’a appris (_ma ʿoullimta_) ». Puis, il hausse le statut d’al-Khiḍr en faisant référence à sa guidance comme des « *ordres* » (_amr_) qu’il donne, et en estimant qu’un manquement de sa part (Moïse) à l’ordre donné équivaudrait à une désobéissance. Enfin, il ne prend pas ses aises avec al-Khiḍr en lui faisant une promesse explicite. Au contraire, il y fait allusion en disant : « *Si Allah veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres.* »

Al-Khiḍr se montre également poli avec lui en ne refusant pas immédiatement qu’il l’accompagne mais en le prévenant qu’il ne pourra pas être patient. Puis, lorsque Moïse promet d’être patient, si Dieu le veut, il ne lui ordonne pas de le suivre, et prend ses distances par rapport à ce qu’il veut, en disant « *Si tu me suis* ». Ensuite, il ne lui interdit pas catégoriquement de poser des questions sous la forme d’une pure _nahy mawlawī_ (interdiction, punissable en cas de violation). Au contraire, il le rend conditionnel au fait que Moïse le suive en disant : « *Si tu me suis, … ne m’interroge sur rien* » afin de lui faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’une interdiction formelle mais d’une condition subordonnée au fait qu’il le suive.

(18 : 71) *Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit : « Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché ? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse (_imran_) ! »*

_Imr_ désigne une grande calamité. « *Alors les deux partirent (_fa-nṭalaqā_)* » fait logiquement suite à ce qui précède. Les deux qui partirent sont Moïse et al-Khiḍr. Le sens littéral de cette phrase est que le serviteur de Moïse ne l’a pas accompagné dans son voyage avec al-Khiḍr. _Li in li-toughriqa ahlahā_ (« *pour noyer ses occupants* ») exprime une intention, même si leur noyade était la conséquence du naufrage et n’était en aucun cas intentionnelle de la part d’ al-Khiḍr, une conséquence inévitable peut être métaphoriquement considérée comme une intentionnelle, ce que Moïse suppose en raison de son évidence. C’est comme quand on dit : « Tu fais telle ou telle chose pour te tuer ? » Le sens est évident.

(18 : 72) *[L’autre] répondit : « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*

Il s’agit d’un reproche suite à la question de Moïse et un rappel de ce qu’il lui avait déjà dit : « *tu ne pourras jamais être patient avec moi* ».

(18 : 73) *« Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part (_nassītou_) ; et ne m’impose pas (_tourhiqnī_) de grande difficulté dans mon affaire. »*

_Rahq_ signifie « embrouiller de force » tandis que _irhāq_ signifie « contraindre ». Cela signifie : « Ne me reproche pas d’avoir oublié la promesse et de ne pas être vigilant ; ne me charge pas de difficultés dans mon affaire ». _Nisyān_ peut être interprété comme la non-réalisation de quelque chose, mais le premier sens (d’oubli) est plus probable. Quoi qu’il en soit, ces paroles représentent des excuses.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

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