VERSETS 60 – 82*
(60) *Et quand Moïse dit à son serviteur : « Je n’arrêterai pas avant d’avoir atteint le confluent des deux mers, devrais-je marcher durant de longues années. »*
(61) *Puis, lorsque tous deux eurent atteint le confluent, ils oublièrent leur poisson qui reprit alors librement son chemin dans la mer.*
(62) *Puis, lorsque tous deux eurent dépassé [cet endroit], il dit à son serviteur : « Apporte-nous notre déjeuner, car nous sommes fatigués après un tel voyage. »*
(63) *[Le serviteur lui] dit : « Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu, j’ai oublié le poisson - Shaytan seul m’a fait oublier de [t’]en parler - et il a merveilleusement pris son chemin dans la mer. »*
(64) *[Moïse] dit : « Voilà ce que nous cherchions. » Puis, ils retournèrent sur leurs pas, suivant leurs traces.*
(65) *Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.*
(66) *Moïse lui dit : « Puis-je te suivre, pour que tu m’apprennes en retour un peu de ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction ? »*
(67) *[L’autre] dit : « Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi.*
(68) *Comment endurerais-tu des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance ? »*
(69) *[Moïse] lui dit : « Si Allah veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres. »*
(70) *« Si tu me suis, dit [l’autre,] ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »*
(71) *Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit : « Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché ? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse ! »*
(72) *[L’autre] répondit : « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*
(73) *« Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part ; et ne m’impose pas de grande difficulté dans mon affaire. »*
(74) *Puis ils partirent tous deux ; et quand ils eurent rencontré un enfant, [l’homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit : « As-tu tué un être innocent qui n’a tué personne ? Tu as commis certes, une chose affreuse ! »*
(75) *[L’autre] lui dit : « Ne t’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*
(76) *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »*
(77) *Ils partirent donc tous deux ; et quand ils furent arrivés aux habitants d’une ville, ils demandèrent à manger à ses habitants ; mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler. L’homme le redressa. Alors [Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. »*
(78) *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience.*
(79) *Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.*
(80) *Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants ; nous avons craint qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.*
(81) *Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur et plus affectueux.*
(82) *Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux ; et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient, [eux-mêmes] leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience. »*
*INTRODUCTION*
L’histoire racontée par Dieu au sujet de Moïse et du savant qui pouvait interpréter les événements, celui que Moïse a rencontré au confluent des deux mers, est le quatrième rappel après le commandement qu’Il (swt) a donné au début du chapitre d’être patient et de continuer à délivrer Son message. Ce rappel vient après avoir rassuré le Prophète (s) qui était témoin des gens qui se détournaient du rappel de Dieu et qui consacraient leur vie au monde ici-bas. Il a bien fait comprendre que ce qui les absorbait n’était qu’un embellissement octroyé à l’avance et une jouissance à durée déterminée. Ce qu’il observait - le fait qu’ils profitent manifestement de la vie et réussissent ce qu’ils désirent dans la vie - ne devrait pas le préoccuper. C’est parce que derrière cette enveloppe extérieure, il y a une profondeur cachée et le pouvoir divin surpasse le pouvoir de leurs désirs.
C’est comme si l’histoire de Moïse et du savant rappelait le fait qu’il y a une explication derrière ces réalités et incidents qui ont une incidence sur ce que les gens attachés au monde désirent. Cette explication leur apparaîtra clairement lorsque le Livre touchera à sa fin et que Dieu leur permettra de se réveiller de leur sommeil causé par l’oubli et qu’ils seront ressuscités pour une création différente de celle-ci. Ce jour-là, ceux qui avaient oublié auparavant diront :
(7 : 53) *…Les Messagers de notre Seigneur sont venus avec la vérité…*
Le Moïse dont il est question dans le récit est celui qui était Messager (_Rassoūl_) et Prophète (_Nabī_), le fils de ʿImrān - un de ceux dotés de constance selon les récits shiites et sunnites.
D’un autre côté, on prétend qu’il était l’un des petits-fils de Joseph (Yoūssouf), fils de Jacob (Yaʿqoūb) – Moïse, fils de Mīshā, fils de Joseph. Il était l’un des Prophètes israélites. C’est peu probable car le Qour’an mentionne Moïse à plusieurs reprises - cent trente fois environ - comme étant le fils de ʿImrān. Si quelqu’un d’autre avait été désigné dans cette histoire, il y aurait eu un indice contextuel pour montrer qu’il ne s’agissait pas de la même personne.
On prétend que le serviteur mentionné par Dieu et dont on dit qu’il appartient à Moïse serait Yoūshaʿ (Josué) b. Noūn, son héritier. Les récits disent qu’on le surnommait serviteur parce qu’il était toujours avec lui, en voyage et dans sa résidence ou parce qu’il le servait.
Le savant que rencontre Moïse et qui est si joliment décrit par Dieu comme « *l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous* » mais dont le nom n’est pas mentionné, serait al-Khiḍr, d’après les narrations. C’était un des Prophètes contemporains de Moïse. Certains disent que Dieu lui a accordé la longévité et qu’il est donc toujours en vie, sans avoir jamais connu la mort.
Il n’y a pas de mal à ce qui a été dit jusqu’à présent car il n’y a pas de preuve rationnelle ou textuelle incontestable pour le contredire. On a beaucoup tergiversé sur l’identité d’al-Khiḍr, comme cela est mentionné dans de longs livres d’exégèse. Il y a beaucoup d’histoires et d’anecdotes sur ses apparitions, mais les récits et les histoires ne sont pas exempts de faits inventés ou tissés.
*COMMENTAIRE*
(18 : 60) *Et quand Moïse dit à son serviteur : « Je n’arrêterai pas avant d’avoir atteint le confluent des deux mers (_majmaʿ al-baḥrayn_), devrais-je marcher durant de longues années (_houqouban_). »*
La clause « *Je n’arrêterai pas* » est suspendue à quelque chose qui est sous-entendu. La phrase est reliée par la conjonction « *Et* » au passage auquel les trois rappels précédents étaient reliés.
_Lā abraḥ_ veut dire « je n’arrêterai pas ». C’est un verbe défectif, dont le prédicat est omis par souci de concision car il est déjà sous-entendu par _ḥattā ablough_ (« *avant d’avoir atteint* »). Ce qui est sous-entendu est : « Je n’arrêterai pas de marcher ou de voyager. » On dit que _majmaʿ al-baḥrayn_ désigne l’endroit où se rencontrent la Méditerranée à l’est et le golfe Persique à l’ouest . _Ḥouqoub_ signifie un temps ou une période. L’utilisation de ce mot à la forme indéfinie indique un adjectif implicite - une longue période.
Ainsi, ce verset veut dire – mais Allah sait mieux : « Rappelle-toi quand Moïse a dit à son serviteur : « Je ne cesserai pas de voyager jusqu’à ce que j’atteigne le lieu où les deux mers se rencontrent ou je continuerai longtemps. » »
(18 : 61) *Puis, lorsque tous deux eurent atteint le confluent (_majmaʿa baynihima_), ils oublièrent leur poisson qui reprit alors librement son chemin dans la mer (_saraban_).*
Il est probable que _majmaʿa baynihima_ (litt. la jonction entre les deux) est un exemple d’annexion d’un adjectif au nom qu’il décrit. Ce qui est sous-entendu est _bayn al-baḥrayn_ (entre les deux eaux) - ce _bayn_ (entre) étant décrit comme la jonction des deux eaux.
« …*ils oublièrent leur poisson* » prouve qu’il s’agissait d’un poisson salé ou frit qu’ils avaient emporté comme provision pour leur voyage. Il n’était pas vivant et n’a repris vie que sur place, en se frayant un chemin dans la mer. Le serviteur l’a vu revenir à la vie et plonger dans la mer, il a oublié de le mentionner à Moïse et Moïse a oublié de lui demander où il se trouvait. Selon cette interprétation, « *ils oublièrent leur poisson* » attribue l’oubli à tous les deux ; ils ont oublié l’état actuel de leur poisson : Moïse a oublié sa présence dans le grand panier et ne l’a pas vérifié et le serviteur l’a oublié en omettant de raconter à Moïse le miracle dont il a été témoin à son propos. C’est ce que disent les gens.
Le lecteur doit remarquer que les versets ne disent pas explicitement que le poisson qui était mort est redevenu vivant. Au contraire, le sens littéral de _nassiyā ḥoūtahoumā_ (« *ils oublièrent leur poisson* ») de même que le sens de _nassiya al-ḥoūt_ est qu’ils l’ont posé quelque part sur le rocher et qu’il est tombé dans l’eau et les vagues l’ont emporté ou quelque chose de la sorte. Il a disparu dans l’eau et s’y est engouffré miraculeusement comme dans un tunnel. Cette interprétation est soutenue par certaines traditions orales, à savoir que le signe était la perte du poisson, et non son retour à la vie. Cependant, Dieu Seul sait mieux.
« …*qui reprit alors librement son chemin dans la mer (_saraban_)* » : Un _sarab_ est l’endroit où l’on voyage ou marche. Un _sarab_ ou _nafaq_ désigne un tunnel imperméable creusé dans la terre. C’est comme si le chemin emprunté par le poisson dans l’eau était assimilé à un tunnel emprunté par un voyageur, qui y disparaît.
À suivre inshaAllah
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974