تقي زاده

تقي زاده

(18 : 62) *Puis, lorsque tous deux eurent dépassé [cet endroit,] il dit à son serviteur : « Apporte- nous notre déjeuner (_ghada’_), car nous sommes fatigués (_nasṣaban_) après un tel voyage. »*

Majmaʿ al-bayān dit :

« _Nasṣab_, _wassab_, et _tiʿb_ sont tous des synonymes désignant la faiblesse suite à l’effort. _Ghadaʾ_ désigne ce qui est mangé comme repas du matin. Cela montre que c’était pendant la journée. »

Ce que cela veut dire, c’est qu’une fois qu’ils ont dépassé le confluent des deux mers, Moïse a dit à son serviteur d’apporter leur repas du matin - le poisson qu’ils avaient amené avec eux afin qu’ils puissent le manger, fatigués qu’ils étaient par leur voyage.

(18 : 63) *[Le serviteur lui] dit : « Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu, j’ai oublié le poisson - Shaytan seul m’a fait oublier de [t’]en parler - et il a merveilleusement pris son chemin dans la mer. »*

Cela fait référence au moment où ils avaient atteint le point de rencontre des deux mers et qu’ils y sont restés, puisqu’il y avait là un rocher, comme le prouve la clause précédente, « *qui reprit alors librement son chemin dans la mer* ». Comme mentionné auparavant, cela s’est passé au confluent des deux mers. Il dit à Moïse : « Nous n’avons rien à manger comme déjeuner, car notre repas était censé être le poisson. Cependant, il est revenu à la vie, est entré dans la mer, et s’en est allé lorsque nous sommes arrivés à l’endroit où les deux mers se rejoignent et que nous nous sommes réfugiés sur le rocher qui se trouvait là. J’ai oublié de t’en parler. »

« *Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu* » : fait référence au refuge près du rocher et au fait qu’ils soient restés pour se reposer un instant à cet endroit.

La clause « *j’ai oublié le poisson* » veut dire : « j’ai oublié l’état du poisson dont j’ai été témoin et je ne t’en ai donc pas parlé ». La preuve, d’après certains, se trouve dans la clause « *Shaytan seul m’a fait oublier de [t’]en parler* », car _an adhkourahou_ (« *de t’en parler* ») est en apposition au pronom dans _anssānīhou_ (« *m’a fait oublier* »). Le sens sous-jacent est : « Rien d’autre que Shaytan m’a fait oublier de te parler du poisson. » Il n’a pas oublié le poisson lui-même, mais il a oublié de parler de son état dont il a été témoin à Moïse.

Il n’y a aucun mal à ce que le serviteur attribue son oubli au Shaytan, même si le serviteur était Josué b. Noūn, le Prophète - divinement protégé comme le sont les Prophètes par le Shayṭān - car ils sont protégés de ce qui résulte de la désobéissance. Pour ce qui est de la simple gêne causée par Shaytan et qui n’est pas due à la désobéissance, rien ne prouve que ce ne soit pas le cas ici. Dieu dit :

(38 : 41) *Et rappelle-toi Job, Notre serviteur, lorsqu’il appela son Seigneur : « Le diable m’a infligé détresse et souffrance ».*

La clause « *et il a merveilleusement (_ʿajaban_) pris (_wa-ttakhadha_) son chemin dans la mer* » dit en gros : « et il a pris son chemin dans la mer - une prise merveilleuse (_ittikhadhan ʿajaban_) ». _ʿAjaban_ (merveilleux) est un adjectif qui se trouve à la place du nom qu’il décrit, _ittikhadhan_ (une prise). Le substantif sous-entendu, _ittikhadhan_, est un objet absolu.
Autrement, on dit que la clause « et il a pris son chemin dans la mer » est ce qu’a prononcé le serviteur et « merveilleux » (_ʿajaban_) est ce que répond Moïse. Toutefois, le contexte du verset rejette cette interprétation.

(18 : 64) *[Moïse] dit : « Voilà ce que nous cherchions (_kounnā nabghi_). » Puis, ils retournèrent sur leurs pas (_fartaddā_), suivant (_qasṣasṣan_) leurs traces (_āthārihim_).*

_Baghy_ veut dire « chercher ». _Irtidād_ veut dire « retourner au début ». _Āthārihim_ désigne leurs pas. Qasṣaṣ veut dire « suivre une piste ». Tout cela signifie que Moïse a dit : « Ce qui est arrivé – l’épisode du poisson – est ce que nous cherchions. » Ils sont donc revenus sur leurs pas en les suivant.

« *Voilà ce que nous cherchions* » montre que Moïse avait reçu l’ordre par la révélation de rencontrer le savant au confluent des mers. Le repère de l’endroit où il le trouverait et le rencontrerait était ce qui s’était passé – l’épisode du poisson, soit précisément son retour à la vie et son départ dans la mer, soit, en termes vagues et généraux, par exemple, la perte du poisson, son retour à la vie, le retour des morts à la vie ou quelque chose de semblable. C’est pourquoi, lorsque Moïse a entendu ce qu’il a entendu de son serviteur – l’épisode du poisson – il a dit ce qu’il a dit, ils sont retournés à l’endroit qu’ils avaient quitté et ont trouvé « *l’un de Nos serviteurs* ».

(18 : 65) *Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.*

Chaque bénédiction est une miséricorde de Sa part. Cependant, les causes naturelles jouent un rôle et agissent sur certaines d’entre elles comme les différents types de bénédictions apparentes. Dans d’autres, les causes naturelles ne jouent aucun rôle comme les bénédictions ésotériques telles que la prophétie, les différentes branches et niveaux de tutelle (_wilāya_). Préciser que la miséricorde vient « de Notre part » - ce qui signifie vraisemblablement qu’il s’agit d’un don de Sa part, qui n’est le fait de personne d’autre - donne l’impression qu’il s’agit d’une bénédiction du second type, c’est-à-dire d’une bénédiction ésotérique.
Le fait que la tutelle, dans son sens véritable, n’appartienne qu’à Lui - comme dans le verset « *C’est Allah qui est Le Seul Maître* » (42 : 9) - et que la prophétie nécessite des anges nobles ayant un rôle à jouer, par exemple, dans la révélation, conforte les exégètes dans leur interprétation des mots « *une grâce, de Notre part* » comme se référant à la prophétie. Cela est dû à l’utilisation de la première personne du pluriel par opposition à la première personne du singulier qui indique la prophétie par opposition à la tutelle. Mais Dieu sait mieux.

« …*à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous* » se réfère à une connaissance qui apparaît comme une bénédiction émanant de Lui et qui n’est pas liée aux causes normales comme le pressentiment ou la pensée et qui peut être acquise. La preuve de cela se trouve dans l’expression « *émanant de Nous* ». Ainsi, il s’agit d’une connaissance octroyée et non acquise exclusive à Ses amis (_awliyāʾ_). Le dernier verset du récit indique qu’il s’agissait d’une connaissance sur la manière d’interpréter les événements.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974

VERSETS 60 – 82*

(60) *Et quand Moïse dit à son serviteur : « Je n’arrêterai pas avant d’avoir atteint le confluent des deux mers, devrais-je marcher durant de longues années. »*

(61) *Puis, lorsque tous deux eurent atteint le confluent, ils oublièrent leur poisson qui reprit alors librement son chemin dans la mer.*

(62) *Puis, lorsque tous deux eurent dépassé [cet endroit], il dit à son serviteur : « Apporte-nous notre déjeuner, car nous sommes fatigués après un tel voyage. »*

(63) *[Le serviteur lui] dit : « Quand nous avons pris refuge près du rocher, vois-tu, j’ai oublié le poisson - Shaytan seul m’a fait oublier de [t’]en parler - et il a merveilleusement pris son chemin dans la mer. »*

(64) *[Moïse] dit : « Voilà ce que nous cherchions. » Puis, ils retournèrent sur leurs pas, suivant leurs traces.*

(65) *Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.*

(66) *Moïse lui dit : « Puis-je te suivre, pour que tu m’apprennes en retour un peu de ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction ? »*

(67) *[L’autre] dit : « Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi.*

(68) *Comment endurerais-tu des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance ? »*

(69) *[Moïse] lui dit : « Si Allah veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres. »*

(70) *« Si tu me suis, dit [l’autre,] ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »*

(71) *Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit : « Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché ? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse ! »*

(72) *[L’autre] répondit : « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*

(73) *« Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part ; et ne m’impose pas de grande difficulté dans mon affaire. »*

(74) *Puis ils partirent tous deux ; et quand ils eurent rencontré un enfant, [l’homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit : « As-tu tué un être innocent qui n’a tué personne ? Tu as commis certes, une chose affreuse ! »*

(75) *[L’autre] lui dit : « Ne t’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*

(76) *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »*

(77) *Ils partirent donc tous deux ; et quand ils furent arrivés aux habitants d’une ville, ils demandèrent à manger à ses habitants ; mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler. L’homme le redressa. Alors [Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. »*

(78) *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience.*

(79) *Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.*

(80) *Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants ; nous avons craint qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.*

(81) *Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur et plus affectueux.*

(82) *Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux ; et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient, [eux-mêmes] leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience. »*

*INTRODUCTION*

L’histoire racontée par Dieu au sujet de Moïse et du savant qui pouvait interpréter les événements, celui que Moïse a rencontré au confluent des deux mers, est le quatrième rappel après le commandement qu’Il (swt) a donné au début du chapitre d’être patient et de continuer à délivrer Son message. Ce rappel vient après avoir rassuré le Prophète (s) qui était témoin des gens qui se détournaient du rappel de Dieu et qui consacraient leur vie au monde ici-bas. Il a bien fait comprendre que ce qui les absorbait n’était qu’un embellissement octroyé à l’avance et une jouissance à durée déterminée. Ce qu’il observait - le fait qu’ils profitent manifestement de la vie et réussissent ce qu’ils désirent dans la vie - ne devrait pas le préoccuper. C’est parce que derrière cette enveloppe extérieure, il y a une profondeur cachée et le pouvoir divin surpasse le pouvoir de leurs désirs.

C’est comme si l’histoire de Moïse et du savant rappelait le fait qu’il y a une explication derrière ces réalités et incidents qui ont une incidence sur ce que les gens attachés au monde désirent. Cette explication leur apparaîtra clairement lorsque le Livre touchera à sa fin et que Dieu leur permettra de se réveiller de leur sommeil causé par l’oubli et qu’ils seront ressuscités pour une création différente de celle-ci. Ce jour-là, ceux qui avaient oublié auparavant diront :

(7 : 53) *…Les Messagers de notre Seigneur sont venus avec la vérité…*

Le Moïse dont il est question dans le récit est celui qui était Messager (_Rassoūl_) et Prophète (_Nabī_), le fils de ʿImrān - un de ceux dotés de constance selon les récits shiites et sunnites.

D’un autre côté, on prétend qu’il était l’un des petits-fils de Joseph (Yoūssouf), fils de Jacob (Yaʿqoūb) – Moïse, fils de Mīshā, fils de Joseph. Il était l’un des Prophètes israélites. C’est peu probable car le Qour’an mentionne Moïse à plusieurs reprises - cent trente fois environ - comme étant le fils de ʿImrān. Si quelqu’un d’autre avait été désigné dans cette histoire, il y aurait eu un indice contextuel pour montrer qu’il ne s’agissait pas de la même personne.

On prétend que le serviteur mentionné par Dieu et dont on dit qu’il appartient à Moïse serait Yoūshaʿ (Josué) b. Noūn, son héritier. Les récits disent qu’on le surnommait serviteur parce qu’il était toujours avec lui, en voyage et dans sa résidence ou parce qu’il le servait.

Le savant que rencontre Moïse et qui est si joliment décrit par Dieu comme « *l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous* » mais dont le nom n’est pas mentionné, serait al-Khiḍr, d’après les narrations. C’était un des Prophètes contemporains de Moïse. Certains disent que Dieu lui a accordé la longévité et qu’il est donc toujours en vie, sans avoir jamais connu la mort.

Il n’y a pas de mal à ce qui a été dit jusqu’à présent car il n’y a pas de preuve rationnelle ou textuelle incontestable pour le contredire. On a beaucoup tergiversé sur l’identité d’al-Khiḍr, comme cela est mentionné dans de longs livres d’exégèse. Il y a beaucoup d’histoires et d’anecdotes sur ses apparitions, mais les récits et les histoires ne sont pas exempts de faits inventés ou tissés.

*COMMENTAIRE*

(18 : 60) *Et quand Moïse dit à son serviteur : « Je n’arrêterai pas avant d’avoir atteint le confluent des deux mers (_majmaʿ al-baḥrayn_), devrais-je marcher durant de longues années (_houqouban_). »*

La clause « *Je n’arrêterai pas* » est suspendue à quelque chose qui est sous-entendu. La phrase est reliée par la conjonction « *Et* » au passage auquel les trois rappels précédents étaient reliés.

_Lā abraḥ_ veut dire « je n’arrêterai pas ». C’est un verbe défectif, dont le prédicat est omis par souci de concision car il est déjà sous-entendu par _ḥattā ablough_ (« *avant d’avoir atteint* »). Ce qui est sous-entendu est : « Je n’arrêterai pas de marcher ou de voyager. » On dit que _majmaʿ al-baḥrayn_ désigne l’endroit où se rencontrent la Méditerranée à l’est et le golfe Persique à l’ouest . _Ḥouqoub_ signifie un temps ou une période. L’utilisation de ce mot à la forme indéfinie indique un adjectif implicite - une longue période.

Ainsi, ce verset veut dire – mais Allah sait mieux : « Rappelle-toi quand Moïse a dit à son serviteur : « Je ne cesserai pas de voyager jusqu’à ce que j’atteigne le lieu où les deux mers se rencontrent ou je continuerai longtemps. » »

(18 : 61) *Puis, lorsque tous deux eurent atteint le confluent (_majmaʿa baynihima_), ils oublièrent leur poisson qui reprit alors librement son chemin dans la mer (_saraban_).*

Il est probable que _majmaʿa baynihima_ (litt. la jonction entre les deux) est un exemple d’annexion d’un adjectif au nom qu’il décrit. Ce qui est sous-entendu est _bayn al-baḥrayn_ (entre les deux eaux) - ce _bayn_ (entre) étant décrit comme la jonction des deux eaux.

« …*ils oublièrent leur poisson* » prouve qu’il s’agissait d’un poisson salé ou frit qu’ils avaient emporté comme provision pour leur voyage. Il n’était pas vivant et n’a repris vie que sur place, en se frayant un chemin dans la mer. Le serviteur l’a vu revenir à la vie et plonger dans la mer, il a oublié de le mentionner à Moïse et Moïse a oublié de lui demander où il se trouvait. Selon cette interprétation, « *ils oublièrent leur poisson* » attribue l’oubli à tous les deux ; ils ont oublié l’état actuel de leur poisson : Moïse a oublié sa présence dans le grand panier et ne l’a pas vérifié et le serviteur l’a oublié en omettant de raconter à Moïse le miracle dont il a été témoin à son propos. C’est ce que disent les gens.

Le lecteur doit remarquer que les versets ne disent pas explicitement que le poisson qui était mort est redevenu vivant. Au contraire, le sens littéral de _nassiyā ḥoūtahoumā_ (« *ils oublièrent leur poisson* ») de même que le sens de _nassiya al-ḥoūt_ est qu’ils l’ont posé quelque part sur le rocher et qu’il est tombé dans l’eau et les vagues l’ont emporté ou quelque chose de la sorte. Il a disparu dans l’eau et s’y est engouffré miraculeusement comme dans un tunnel. Cette interprétation est soutenue par certaines traditions orales, à savoir que le signe était la perte du poisson, et non son retour à la vie. Cependant, Dieu Seul sait mieux.

« …*qui reprit alors librement son chemin dans la mer (_saraban_)* » : Un _sarab_ est l’endroit où l’on voyage ou marche. Un _sarab_ ou _nafaq_ désigne un tunnel imperméable creusé dans la terre. C’est comme si le chemin emprunté par le poisson dans l’eau était assimilé à un tunnel emprunté par un voyageur, qui y disparaît.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

(18 : 66) *Moïse lui dit : « Puis-je te suivre, pour que tu m’apprennes en retour un peu de ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction (_roushdan_) ? »*

Le mot _roushd_, contrairement à _ghayy_ (erreur) désigne la bonne compréhension. Dans ce verset, il est soit un objet intentionnel, soit un objet direct. Cela signifie que Moïse lui a dit : « Puis-je te suivre afin que tu m’apprennes [une partie] de ce qu’on t’a enseigné pour que je puisse être guidé, ou que tu m’apprennes [une partie] de ce qu’on t’a enseigné. »

(18 : 67) *[L’autre] dit : « Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi…*

Il s’agit d’un déni catégorique de sa capacité à faire preuve de patience face à tout ce qu’il le verra faire dans le but de l’instruire. Ce qui le prouve est :

a) L’emploi de l’emphase _inna_ (sûrement) et de l’utilisation de _ṣabr_ (patience) à l’indéfini après la négative, désignant ainsi toute patience quelle qu’elle soit.

b) Dire qu’il ne pourra (_istitaʿaî_) est plus emphatique que de dire simplement qu’il n’aura pas de patience.

c) La négative avec _lan_ (*« ne pourras jamais »*) par opposition à la _touṣbir_ (« tu n’auras pas la patience »).

d) L’action est subordonnée à la capacité, ce qui constitue la négation de l’action par la négation d’une des causes de l’action.

e) Nier la patience en niant ce qui permet d’être patient, à savoir détenir un _khoubr_ global (voir ci-dessous) et une appréhension de la réalité et une interprétation de l’incident qui permet à quelqu’un de savoir que cela doit avoir lieu au vu de cette réalité. 

Al-Khiḍr dit que Moïse sera incapable d’avoir de la patience par rapport à ce qu’il fera sur la base de ce qu’il sait ; il dit : « *Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi* » et ne dit pas que Moïse sera incapable d’avoir de la patience face à la connaissance d’al-Khiḍr en soi.
Il n’a pas dit : « Tu n’auras pas la patience et tu ne pourras pas endurer ce que je sais. » Moïse ne s’est pas indigné contre al-Khiḍr lorsque celui-ci lui a expliqué ce qu’il l’avait vu faire. Moïse ne s’est indigné contre lui que lorsqu’il a vu les actions elles-mêmes exécutées par al-Khiḍr au cours de son enseignement.

Il y a donc une règle pour la connaissance et une autre pour voir ce qui est fait sur la base de cette connaissance. C’est comme la fois où Moïse est revenu du mont Tor et vit que son peuple s’était mis à adorer le veau après son départ ; il était rempli de rage, a jeté les tablettes, et a pris son frère par la tête, le traînant vers lui. Dieu lui en avait parlé au mont Tor mais il n’a rien fait de ce qu’il allait faire plus tard, même si la parole de Dieu est plus véridique que l’expérience de la réalité. Le récit complet se trouve dans la Sourate al-A’raf (Le mur d’A’raf).
« *Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi* » prévient Moïse qu’il ne pourra pas supporter la méthode d’enseignement adoptée par al-Khiḍr s’il le suit et non pas qu’il ne pourra pas faire face à la connaissance.

(18 : 68) *Comment endurerais-tu des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance (_khoubran_) ? »*

Le mot _khoubr_ signifie connaissance. Grammaticalement, nous avons à faire à une spécification ou clarification.

(18 : 69) *[Moïse] lui dit : « Si Allah veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres. »*

Moïse lui a promis d’être patient, mais il a subordonné cette promesse à la volonté de Dieu. Ainsi, il n’a pas menti lorsqu’il ne s’est pas montré patient. _Wala aʿsi_... (*« je ne désobéirai pas... »*) est relié à _ṣabiran_ (« *patient* ») par la conjonction « *et* » ; ainsi, la promesse de ne pas lui désobéir est également conditionnée à la volonté de Dieu et Moïse n’a pas rompu sa promesse lorsqu’il n’a pas suivi l’ordre de ne pas poser de questions.

(18 : 70) *« Si tu me suis, dit [l’autre,] ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »*

« *En* » dans « *tant que je ne t’en aurai pas fait* » est relié à _dhikran_ (lit. « *mention* »). _Iḥdāth al-dhikr_ d’une chose signifie commencer à en parler sans que rien ne le précède. Ainsi, ce verset signifie : « Si tu me suis, ne m’interroge sur aucun de mes agissements dont tu seras témoin, et qui sera difficile pour toi de regarder, jusqu’à ce que je décide d’en parler en premier. » Cela implique l’idée qu’il le verra faire des choses qu’il aura du mal à regarder. Il les lui expliquera mais Moïse ne doit pas lui poser de questions avant. Au contraire, il doit se montrer patient jusqu’à ce que al-Khiḍr aborde le sujet.

D’après ces versets, Moïse s’est comporté avec al-Khiḍr en respectant les bonnes manières et les attendus d’un élève consciencieux de manière exceptionnelle. C’est extraordinaire, étant donné qu’il était celui à qui Dieu s’était adressé (_Kalīm Allāh_), Moïse, fils de ʿImrān, le Prophète Messager et l’un de ceux dotés de constance, le destinataire de la Torah.

Ce qu’il dit du début à la fin est empreint d’humilité. Tout d’abord, il est poli avec al-Khiḍr – il ne présente pas sa demande à être instruit en utilisant la forme impérative mais plutôt comme une question – en réprimant son propre désir. Il parle de « *[le] suivre* » au lieu de l’accompagner. Il ne propose pas d’être instruit comme condition. Au contraire, il dit : « *en retour* ». Ensuite, il se considère comme un élève et il magnifie le niveau de connaissance d’al-Khiḍr en se référant à son acquisition à la forme passive ; « *ce qu’on t’a appris* » par opposition à « ce que tu sais ». Puis, il le loue en disant _roushdan_ (« *bonne direction* »). Puis, il lui demande « *un peu de ce qu’on t’a appris (_mimma ʿoullimta_)* » par opposition à « tout ce qu’on t’a appris (_ma ʿoullimta_) ». Puis, il hausse le statut d’al-Khiḍr en faisant référence à sa guidance comme des « *ordres* » (_amr_) qu’il donne, et en estimant qu’un manquement de sa part (Moïse) à l’ordre donné équivaudrait à une désobéissance. Enfin, il ne prend pas ses aises avec al-Khiḍr en lui faisant une promesse explicite. Au contraire, il y fait allusion en disant : « *Si Allah veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres.* »

Al-Khiḍr se montre également poli avec lui en ne refusant pas immédiatement qu’il l’accompagne mais en le prévenant qu’il ne pourra pas être patient. Puis, lorsque Moïse promet d’être patient, si Dieu le veut, il ne lui ordonne pas de le suivre, et prend ses distances par rapport à ce qu’il veut, en disant « *Si tu me suis* ». Ensuite, il ne lui interdit pas catégoriquement de poser des questions sous la forme d’une pure _nahy mawlawī_ (interdiction, punissable en cas de violation). Au contraire, il le rend conditionnel au fait que Moïse le suive en disant : « *Si tu me suis, … ne m’interroge sur rien* » afin de lui faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’une interdiction formelle mais d’une condition subordonnée au fait qu’il le suive.

(18 : 71) *Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit : « Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché ? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse (_imran_) ! »*

_Imr_ désigne une grande calamité. « *Alors les deux partirent (_fa-nṭalaqā_)* » fait logiquement suite à ce qui précède. Les deux qui partirent sont Moïse et al-Khiḍr. Le sens littéral de cette phrase est que le serviteur de Moïse ne l’a pas accompagné dans son voyage avec al-Khiḍr. _Li in li-toughriqa ahlahā_ (« *pour noyer ses occupants* ») exprime une intention, même si leur noyade était la conséquence du naufrage et n’était en aucun cas intentionnelle de la part d’ al-Khiḍr, une conséquence inévitable peut être métaphoriquement considérée comme une intentionnelle, ce que Moïse suppose en raison de son évidence. C’est comme quand on dit : « Tu fais telle ou telle chose pour te tuer ? » Le sens est évident.

(18 : 72) *[L’autre] répondit : « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*

Il s’agit d’un reproche suite à la question de Moïse et un rappel de ce qu’il lui avait déjà dit : « *tu ne pourras jamais être patient avec moi* ».

(18 : 73) *« Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part (_nassītou_) ; et ne m’impose pas (_tourhiqnī_) de grande difficulté dans mon affaire. »*

_Rahq_ signifie « embrouiller de force » tandis que _irhāq_ signifie « contraindre ». Cela signifie : « Ne me reproche pas d’avoir oublié la promesse et de ne pas être vigilant ; ne me charge pas de difficultés dans mon affaire ». _Nisyān_ peut être interprété comme la non-réalisation de quelque chose, mais le premier sens (d’oubli) est plus probable. Quoi qu’il en soit, ces paroles représentent des excuses.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

(18 : 74) *Puis, ils partirent tous deux ; et quand ils eurent rencontré un enfant (_ghoulāman_), [l’homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit : « As-tu tué un être innocent (_zakiyyatan_) qui n’a tué personne ? Tu as commis certes, une chose affreuse ! »*

Il y a quelques omissions ici par souci de concision. Le sens implicite est : « Ils débarquèrent donc du bateau et se mirent en route. »

_Fa qatalahou_ (il le tua), est relié à la conjonction _fa_, qui indique une séquence logique, à la phrase conditionnelle. _Qāla_ (il dit) est littéralement le résultat (apodose) de _idha_ (quand). Il apparaît ainsi clairement que ce qui importe ici est l’objection de Moïse et non la tuerie elle-même. Il en est de même pour le verset suivant : *« Ils partirent donc tous deux ; et quand ils furent arrivés à une ville habitée, … Alors [Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. » »* et contrairement au verset précédent : *« Alors les deux partirent. Et après qu’ils furent montés sur un bateau, l’homme y fit une brèche. [Moïse] lui dit… »* C’est parce que le résultat (apodose) de _idha_ (après que = quand) dans le verset précédent est *« l’homme y fit une brèche »* et _qala_ (*« [Moïse] lui dit »*) est une nouvelle phrase qui fait suite à un point.

Ainsi, les versets sont agencés de manière à présenter une seule histoire dans laquelle Moïse a fait des objections à al-Khiḍr à trois reprises, l’une après l’autre et non sous la forme de trois objections faites au cours de trois histoires.

C’est comme si on disait : Telle chose a eu lieu et il a fait une objection, puis il a fait une objection encore, puis il a fait une objection à nouveau. Il s’agit du récit de ses objections et c’est donc une seule histoire, et non une histoire relatant les actions de l’un et les objections de l’autre, ce qui en ferait trois histoires.

Ainsi, la différence entre les trois versets devient manifeste : _kharaqaha_ (il fit une brèche) est le résultat (apodose) de _idha_ (après que = quand) dans le premier verset, alors que _qatalahou_ (il le tua), _fa wajada_ (ils trouvèrent) et _fa-aqama_ (il le redressa) ne sont pas le résultat (apodose) dans les deuxième et troisième versets. Ils font partie de la proposition conditionnelle, reliés à celle-ci par la conjonction _fa_. 

*« As-tu tué un être innocent ? »* : Zakiyya veut dire « pur » dans le sens de « dépourvu de péchés » du fait qu’il n’a pas atteint l’âge adulte. C’est l’impression donnée par le mot _ghoulāmān_ (*« un garçon »*). Il s’agit d’une question rhétorique exprimant le reproche. C’est Moïse qui le dit.

_Bi-ghayri nafs_ (*« qui n’a tué personne »*) est métaphorique car le meurtre d’un mineur n’est pas une faute capitale. Il est possible de déduire de _bi-ghayri nafs_ qu’il était adulte car un adulte peut aussi être appelé un _ghoulām_. Interprété ainsi, le sens serait : « Avez-vous tué de manière injustifiée une personne innocente de tout crime capital ? Après tout, rien de ce que le _ghoulām_ (garçon) a fait ne le justifie. »

*« Tu as commis certes, une chose affreuse (_noukran_) ! »* : _Noukr_ désigne un crime contre la nature, quelque chose que la société n’a jamais connu. Faire un trou dans un bateau était considéré comme un _imr_, c’est-à-dire une calamité entraînant des malheurs, comme on n’en reverra jamais. Tuer une personne est un _noukr_ ou un _mounkar_, que les gens considèrent comme beaucoup, beaucoup plus grave que de faire un trou dans un bateau. Ce dernier provoque normalement des décès mais ne le fait pas aussi directement.

(18 : 75) *[L’autre] lui dit : « Ne t’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*

Le sens de ce verset est clair. L’ajout du pronom complément *« t’ »* dans *« Ne t’ai-je pas dit »* est une sorte de reproche qui lui est fait de ne pas avoir écouté ses instructions et une allusion au fait qu’il n’a pas écouté ce qu’il lui a dit dès le départ (*« tu ne pourras jamais être patient avec moi »*) ou alors, qu’il l’a écouté mais a cru qu’il ne le pensait pas vraiment, qu’il voulait dire autre chose. C’est comme s’il disait : « En disant « tu ne pourras pas », je voulais seulement dire toi, par opposition à toute autre personne. »

(18 : 76) *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »*

Le pronom *« cela »* dans *« après cela »* fait référence à ce moment ou à la question. Autrement dit : « Si je te pose une autre question après ce moment ou après cette question, ne m’accompagne pas ou ne me laisse pas t’accompagner. »

_Qad balaghta min ladounnī_ veut dire : « Tu auras gagné une excuse et trouvé un moyen de t’excuser auprès de moi car ta responsabilité à mon égard aura touché à sa fin. »


(18 : 77) *Ils partirent donc tous deux ; et quand ils furent arrivés aux habitants d’une ville, ils demandèrent à manger à ses habitants ; mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler. L’homme le redressa. Alors [Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer (_la ttakhadhta_) pour cela un salaire. »*

Les mêmes remarques sont valables pour les segments *« Ils partirent donc tous deux »*, *« mais ceux-ci refusèrent »*, *« ils y trouvèrent »* et *« L’homme le redressa »* que pour les segments *« Puis ils partirent tous deux »*, et *« [il] le tua »*.  

_Istaṭʿamā ahlahā_ (*« ils leur demandèrent à manger »*) est adjectif du mot *« ville »*. _Istaṭʿamāhoum_ n’est pas employé à cause de la vulgarité du langage _qari-yatan istaṭʿamāhoum_ (une ville à laquelle ils ont demandé à manger) contrairement à _atā qariyatan_ (lit. ils sont arrivés) dans le sens de _ata ahla qariyatin_ (ils sont arrivés aux gens d’une ville) parce qu’on peut atteindre une ville et il est permis, métaphoriquement, de dire « ville » pour désigner en réalité les gens d’une ville. Cela n’est pas vrai quand il s’agit de demander à manger car c’est une demande qui ne peut être faite qu’aux gens d’une ville. Ainsi, *« ses habitants (_ahlaha_) »* n’est pas une occurrence de clarification explicite de quelque chose qui pourrait être dit tout aussi bien avec un pronom.

Le Qour’an ne dit pas : « Ils partirent donc jusqu’à atteindre une ville » car cela désignerait littéralement la ville ; le but principal - comme le lecteur le sait déjà - dépend du résultat (apodose), c’est-à-dire : *[Moïse] lui dit : « Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. »* Cela fait référence à un paiement qui ne peut venir que des gens et non de la ville elle-même. Le segment *« ils furent arrivés aux habitants d’une ville »* prouve qu’il a redressé le mur en présence des habitants de la ville. C’est ce qui rend « réclamer d’eux un salaire » ou « réclamer un salaire de ses habitants » redondant.

_Istiṭʿam_ veut dire demander à manger en tant qu’invités. C’est pourquoi le Qour’an dit : *« mais ceux-ci refusèrent de leur donner l’hospitalité. »*

*« Ensuite, ils y trouvèrent un mur sur le point de s’écrouler (_an yanqaḍḍa_) »* : _Inqiḍāḍ_ veut dire « tomber ». Il est donc utilisé ici métaphoriquement pour dire « sur le point de tomber et de s’écrouler ».

*« L’homme le redressa (_Fa-aqāmahou_) »* : Al-Khiḍr l’a renforcé en le rétablissant mais Dieu ne dit pas comment est-ce qu’il l’a redressé – par le biais d’un miracle, de travaux de construction ou la pose de renforts. Mais, au vu de ce que dit Moïse (*« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire »*), on a l’impression qu’il ne s’agit pas d’un miracle, car on demande habituellement un salaire pour quelque chose qui ne relève pas du miracle.

*« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire »* : _Takhadha_ et _akhadha_ veulent dire la même chose.  Le pronom « cela » fait référence à _iqāma_ (redresser) que nous avons dans _fa-aqāmahou_ (*« L’homme le redressa »*). Il s’agit d’un nom verbal qui peut être masculin comme féminin. D’après le contexte, ils avaient faim. Ainsi, Moïse parle de salaire à Al-Khiḍr car s’il l’avait réclamé, ils auraient pu s’acheter à manger et assouvir leur faim.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974

(18 : 58) *Et ton Seigneur est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde. S’Il s’en prenait à eux pour ce qu’ils ont acquis, Il hâterait certes le châtiment. Mais il y a pour eux un terme fixé auquel ils ne pourront pas échapper.*

Ces versets, comme le lecteur le sait déjà, sont énoncés pour menacer les malfaiteurs d’un châtiment - ils ont agi en toute corruption sans qu’on puisse attendre le moindre bien de leur part. C’est une raison pour que le châtiment s’abatte, et pour qu’il soit immédiat sans leur donner de répit, car les maintenir en vie ne causerait que plus de corruption. Cependant, Dieu n’a pas rendu le châtiment immédiat, même s’Il l’a décrété. Au contraire, Il (swt) l’a reporté à un certain moment, dont Lui seul connaît la date exacte.

Le verset qui les menace d’un châtiment certain commence par « *Et ton Seigneur est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde* ». Il s’agit de communiquer - par la mention dans le verset de deux attributs (« *Celui qui pardonne* » et « *Le Maître de la miséricorde* ») - le châtiment immédiat que leurs actions imposent. La punition en soi est décrétée et prévue pour leur infliger ce qu’ils méritent par rapport à leurs actions, mais elle est repoussée parce que Dieu est « *Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde* ».

Les deux phrases « *Et ton Seigneur est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde. S’il s’en prenait à eux pour ce qu’ils ont acquis, Il hâterait certes le châtiment* » constituent deux plaidoiries présentées face à un juge, tandis que la phrase « *Mais il y a pour eux un terme fixé auquel ils ne pourront pas échapper* » constitue le jugement rendu qui satisfait les deux parties et maintient leurs droits. Il est pourvu des qualités de rétribution divine, car ce qu’ils ont fait appelle un châtiment. Le jugement se voit également attribuer les qualités de pardon et de miséricorde, en reportant et en ne rendant pas le châtiment immédiat. Ce faisant, le pardon divin efface une conséquence de l’action, à savoir le châtiment « immédiat », et la miséricorde les comble de vie, pour le moment.

En résumé, cela signifie : « Si votre Seigneur leur demandait des comptes, Il hâterait leur châtiment. Mais Il ne l’a pas accéléré car Il est Celui qui pardonne, Le Maître de la miséricorde. Il a en revanche décrété pour eux un châtiment, leur fixant un temps déterminé dont ils ne pourront se soustraire. »

La formule « *Mais il y a pour eux un terme fixé* » est l’énonciation d’un décret et non une énonciation simplement déclarative. Si tel était le cas, Il aurait dit : « Mais Il a fixé un terme pour eux ». 

Le mot _ghafoūr_ est une forme intensive, qui signifie « Plein de miséricorde ». L’article défini dans _Dhoūl-Raḥma_ (litt. Possesseur de la miséricorde) signifie que l’intégralité de la miséricorde est visée. Il s’agit donc d’un attribut indiquant que la miséricorde s’applique à tout. C’est un sens plus large que _raḥmān_ ou _raḥīm_ qui signifient tous deux être plein de miséricorde ou être toujours et éternellement miséricordieux. Le terme _Dhoūl-Raḥma_ peut être utilisé de manière appropriée lorsque toute marque de résistance a été effacée. Dès que les circonstances le permettent, _Dhoūl-Raḥma_ s’applique. Le mot _ghafoūr_ doit faire tout le gros travail tandis que le mot _Dhoūl-Raḥma_ s’étend et couvre tout ce qui est dépouillé d’obstacle. C’est pourquoi on utilise la forme intensive _ghafoūr_ pour parler de Son Pardon et _Dhoūl-Raḥma_ qui désigne la totalité du genre de la miséricorde (_raḥma_). 

(18 : 59) *Et voilà les villes que Nous avons fait périr (_ahlaknāhoum_) quand leurs peuples commirent des injustices et Nous avons fixé un rendez-vous pour leur destruction.*

« Les villes » est une métaphore pour les habitants des villes. _Mahlik_ (lit. moment de la destruction) est un substantif de temps.

Le sens du verset est clair : Retarder et différer leur destruction n’est pas nouveau pour Dieu. Au contraire, c’était une pratique commune de la part de Dieu que de détruire les nations précédentes qui propageaient le mal. Dieu les faisait périr après avoir fixé un temps précis pour leur destruction.

Ainsi, il est clair que la punition et la destruction auxquelles ces versets font référence ne concernent pas la punition le Jour de la Résurrection mais la punition dans ce monde, telle que la punition à la Bataille de Badr, s’il s’agit d’une menace à l’encontre de l’élite Koraïchite, ou la punition à la fin des temps, s’il s’agit d’une menace pesant sur la communauté musulmane. C’est ce qui est expliqué dans l’exégèse de la Sourate Younous.

*EXAMINER LES NARRATIONS*

Tafssīr al-ʿAyyāshī dit à propos des paroles de Dieu « *quel est donc ce livre* » :

Khālid b. Najīḥ rapporte sous l’autorité d’Aboū ʿAbdoullāh (a) : « Le jour de la Résurrection, chacun recevra son livre et on lui dira : « Lis. » J’ai demandé : « Reconnaîtra-t-il ce qu’il contient ? » Il répondit : « Il s’en souviendra. » Il n’y aura pas un seul moment, une seule parole, un seul pas, ou quoi que ce soit qu’il ait fait qui ne soit pas mentionné, comme s’il venait de le faire à l’instant même. C’est pourquoi on dira : « *Quel est donc ce livre à n’omettre de mentionner ni péché véniel, ni péché capital ? » Et ils trouveront devant eux tout ce qu’ils auront fait.* » »

*Commentaire de l’auteur* : Cette narration montre que ce dont se souviendra une personne sera identique à ce qu’elle reconnaîtra dans ce livre qui lui sera donné. Ainsi, ce dont elle se souviendra sera ce qui sera écrit dans le livre. Si un acte commis par elle-même n’était pas présent dans son livre, la charge n’aurait pas été retenue contre elle et elle aurait pu le nier.

Concernant la phrase « *Et ton Seigneur ne fait du tort à personne* », Tafssīr al-Qoummī dit :

« Ils trouveront écrit tout ce qu’ils ont commis. »

Al-Bourhān fī Tafssīr al-Qourʾān dit sous l’autorité d’Ibn Bābawayh via sa chaîne de narrations sous l’autorité d’Aboū Mouʿammar al-Saʿdān sous l’autorité d’Imam ʿAlī (a) :

« « *Et les coupables verront le Feu. Ils sauront alors (_wa ẓannou_) qu’ils y tomberont* » (18 : 53) veut dire qu’ils seront sûrs d’y entrer. »

Al-Dourr al-Manthoūr dit que Aḥmad, Aboū Yaʿla, Ibn Jarīr, Ibn Ḥibbān, al-Ḥākim (qui insiste sur son authenticité) et Ibn Mardawayh rapportent d’Aboū Saʿīd al-Khoudrī sous l’autorité du Messager de Dieu (s) :

« Le Jour de la Résurrection, le mécréant devra rester debout pendant cinquante mille ans, comme cela n’est jamais arrivé dans le monde. Le mécréant verra l’enfer et pensera qu’il lui tombe dessus depuis une distance qu’il faudrait quarante ans pour parcourir. »

*Commentaire de l’auteur* : Cela confirme l’interprétation donnée ci-dessus de mouwāqiʿouhā (tomberont) comme désignant à la fois le fait que les mécréants tomberont dans l’enfer et que l’enfer leur tombera dessus.

À suivre inshaAllah ?
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974

(18 : 52) *Et le jour où Il dira : « Appelez ceux que vous prétendiez être Mes associés ». Ils les invoqueront ; mais eux ne leur répondront pas, Nous aurons placé entre eux une vallée de perdition.*

C’est un troisième rappel de la réfutation manifeste du lien entre les polythéistes et leurs associés le Jour de la Résurrection. Il est ainsi confirmé qu’aucune des affirmations des polythéistes à leur sujet n’est vraie.

« *Et le jour où Il dira* » : Le sujet du verbe est Dieu, tel qu’il apparaît dans le contexte. Cela veut dire : « Mentionnez-leur le jour où Dieu leur dira : « Appelez ceux que vous prétendiez être Mes associés. Appelez-les mais ils ne vous répondront pas. Il sera alors évident que je n’ai pas d’associés. Si j’en avais, ils vous répondraient. » »

« *Nous aurons placé entre eux une vallée de perdition (_mawbiqan_)*. » _Mawbiq_ est un nom dérivé du verbe _wabaqa_ qui veut dire « il périt ». Ce segment signifie donc : « Nous placerons un lieu de perdition entre les polythéistes et leurs associés. » Les gens ont interprété ce _mawbiq_ ou lieu de perdition comme étant l’enfer ou un endroit dans l’enfer où les deux groupes – les polythéistes et leurs associés – périront. Cependant, en réfléchissant à Ses paroles, on ne peut pas soutenir cette interprétation. En effet, le verset utilise le mot « associés » pour désigner également les anges, certains Prophètes, et certains saints (_awliyāʾ_) – ils pourraient même être ceux qui sont principalement désignés par « associés ». Le pronom généralement utilisé pour désigner les êtres dotés d’un intellect est employé pour les désigner à plusieurs reprises, et rien ne prouve qu’il ne désigne que les djinns et les rebelles dans le contexte. On prétend que le fait qu’ils soient séparés est la preuve qu’il ne s’agit que des djinns et des rebelles, mais ce n’est que la première des nombreuses failles de ce raisonnement.

Placer un _mawbiq_ entre eux peut consister à défaire et à rompre le lien entre eux, alors qu’ils pensaient qu’il existait un lien de propriétaire à propriété et de cause à effet entre leurs associés et eux-mêmes. Il est fait allusion à cela en plaçant un _mawbiq_ entre eux, dans lequel le lien et la relation périssent sans qu’aucune des deux parties du lien ne périsse. Il y fait allusion de façon éloquente, d’abord en qualifiant leur interpellation de _nidā_ : « *Appelez ceux (nādoū) que vous prétendiez être Mes associés* ». _Nidāʾ_ (appeler) n’est employé que lorsque l’autre est très éloigné, ce qui prouve la distance qui les sépare.

Le même sens est évoqué ailleurs dans le Qour’an :

(6 : 94) *Nous ne vous voyons point accompagnés des intercesseurs que vous prétendiez être des associés. Il y a certainement eu rupture entre vous : ils vous ont abandonnés, ceux que vous prétendiez [être vos intercesseurs].*

(10 : 28) *Puis, Nous dirons à ceux qui ont donné [à Allah] des associés : « À votre place, vous et vos associés. » Nous les séparerons les uns des autres et leurs associés diront : « Ce n’est pas nous que vous adoriez ».*

(18 : 53) *Et les coupables verront le Feu. Ils sauront alors (_wa ẓannou_) qu’ils y tomberont (_mouwāqiʿouhā_) et n’en trouveront pas d’échappatoire.*

L’utilisation du mot « *coupables* » au lieu de « ceux qui ont associé d’autres (à Dieu) » indique qu’il s’agit d’une règle générale qui s’applique à tous les coupables. _Ẓannou_ signifie « ils sauront », dit-on, et cette interprétation est confirmée par la clause suivante « *et n’en trouveront pas d’échappatoire* ».

On dit que _mouwāqiʿouhā_ signifie qu’ils vont tomber dans le feu. Cependant, il ne serait pas surprenant que la chute se produise en deux temps : ils tomberont dans le feu lorsqu’ils y entreront, et le feu leur « tombera » dessus lorsqu’il sera alimenté par eux.

« *et n’en trouveront pas d’échappatoire (_maṣrifan_)* » : _Maṣrif_ est un nom de lieu dérivé de _ṣarf_ qui veut dire « se tourner » ; c’est-à-dire qu’ils ne trouveront pas de lieu vers lequel se tourner pour échapper au feu. Il n’y a pas d’échappatoire.

(18 : 54) *Et assurément, Nous avons déployé pour les gens, dans ce Qour’an, toutes sortes d’exemples. L’homme, cependant, est de tous les êtres le plus grand disputeur (_jadalan_).*

Quelque chose de similaire a été énoncé en 17 : 89. _Jadal_ signifie « discours » sous forme de dispute et de contestation. Les versets 18 : 54-59 menacent de punition après les rappels précédents.

(18 : 55) *Qu’est-ce qui a donc empêché les gens de croire (_youʾminoū_), lorsque le guide leur est venu, ainsi que de demander pardon (_yastaghfiroū_) à leur Seigneur, si ce n’est qu’ils veulent subir le sort des Anciens, ou se trouver face à face avec le châtiment ?*

Le mot _yastaghfiroū_ (demander pardon) est relié par la conjonction « ainsi que » à _youʾminoū_ (croire). Ce qui signifie donc : Rien n’empêchait les gens de croire et de demander pardon lorsque le guide leur est venu.

« … *si ce n’est qu’ils veulent subir le sort des Anciens* » veut dire « à moins qu’ils ne veuillent qu’on leur fasse ce qui a été fait aux peuples anciens, à savoir être détruits par un châtiment divin. »

Le segment « *ou se trouver face à face avec le châtiment* » est relié au précédent par la conjonction « ou » qui était lui-même relié à _youʾminoū_. Cela veut dire : « ou qu’ils veulent se retrouver face à face avec le châtiment et le voir ». Devenir des croyants ne les aidera pas à ce moment-là, car cela reviendrait à devenir des croyants après avoir été témoins du châtiment divin. Comme Il le dit :

(40 : 85) *Mais leur croyance, au moment où ils eurent constaté Notre rigueur, ne leur profita point.*

En bref, cela signifie que les gens ne cherchent pas à avoir une foi qui leur serait bénéfique. Ce qu’ils veulent, c’est être détruits par le châtiment divin, tout comme les anciens. Ils périront sans devenir croyants, ou, lorsqu’ils verront le châtiment, ils se mettront à croire par désespoir, mais leur croyance ne leur sera d’aucun bénéfice.

Le fait qu’ils aient été empêchés de croire et les conséquences qui en découlent (_iqtiḍāʾ_) selon le verset sont métaphoriques. Cela veut dire qu’ils se sont détournés de la vérité à cause de leur mauvaise intention. Ainsi, les efforts excessifs que les exégètes ont déployés pour expliquer et évaluer, soulever des arguments et les réfuter sont futiles.

(18 : 56) *Et Nous n’envoyons les Messagers que pour annoncer la bonne nouvelle et avertir. Et ceux qui ont mécru disputent avec de faux arguments, afin d’infirmer (_youdḥiḍou_) la vérité et prennent en raillerie (_wat-taqhazoū_) Mes versets ainsi que ce [châtiment] dont on les a avertis.*

Il s’agit dans ce verset de consoler le Saint Prophète (s) afin qu’il ne soit pas découragé par le rejet des gens et par le fait qu’ils tournent le dos au rappel de Dieu. Les Messagers n’avaient pour mission que de donner de bonnes nouvelles et des avertissements. Il n’y a pas de mal à ce qu’ils ne fassent pas plus que cela. Ce verset est un retour à ce qui a été dit au début du chapitre : « *Tu vas peut-être te consumer de chagrin parce qu’ils se détournent de toi et ne croient pas en ce discours !* » (18 : 6)

Ce verset constitue aussi une sorte de menace à l’égard des mécréants qui se moquent.
_Daḥḍ_ veut dire « périr » et _idḥāḍ_ désigne le fait de causer la perte ou l’assujettissement. _Houzoūʾ_ veut dire « se moquer ». Le nom verbal a le même sens que l’objet (la moquerie). Le sens du verset ne présente pas de difficulté.

(18 : 57) *Quel pire injuste que celui à qui on a rappelé les versets de son Seigneur et qui s’en détourne en oubliant ce que ses deux mains ont commis ? Nous avons placé des voiles sur leur cœur, de sorte qu’ils ne comprennent pas, et mis une lourdeur dans leurs oreilles. Même si tu les guides vers la bonne voie, jamais ils ne suivront le bon chemin dans ce cas.*

Ce verset fait état de la gravité et de l’énormité de leur méfait. On dit d’un méfait qu’il est puissant ou énorme, en fonction de la personne contre laquelle il est commis. S’il est commis contre Dieu et Ses transmissions, il est plus grand que tout autre méfait.

La clause « *en oubliant ce que ses deux mains ont commis* » montre que le Prophète (s) n’est pas perturbé par ceux qui se détournent de la vérité et qui se moquent de lui, car il sait que les transmissions sont vraies.

« *Nous avons placé des voiles sur leur cœur, de sorte qu’ils ne comprennent pas, et mis une lourdeur dans leurs oreilles.* » Cette phrase explique la raison pour laquelle ils tournent le dos aux transmissions de Dieu, en même temps que la raison pour laquelle ils oublient ce que leurs deux mains ont commis. Ce que le Livre entend par « *placé des voiles sur leur cœur » et « une lourdeur dans leurs oreilles* » a déjà été discuté à plusieurs reprises (voir ci-dessus).

« *Même si tu les guides vers la bonne voie, jamais ils ne suivront le bon chemin dans ce cas* » exprime le désespoir de voir ces personnes croire un jour, dès lors que Dieu a placé un voile sur leur cœur et leurs oreilles. Après cela, ils ne pourront plus être guidés par eux-mêmes et comprendre la vérité, ni être guidés par les autres en les écoutant et en les suivant. La preuve en est dans la phrase : « *Même si tu les guides vers la bonne voie, jamais ils ne suivront le bon chemin dans ce cas* » car elle met l’accent sur la négation et la complète avec _idhan_ (« *dans ce cas* ») qui est la conséquence et la réponse.

Roūḥ al-maʿānī dit :

« Les déterministes (_Jabriyya_) s’appuient sur ce verset comme preuve de leurs croyances, tandis que ceux qui croient au libre arbitre absolu (_qadariyya_) s’appuient sur le précédent. [Al-ʿĀloūssī] dit : « Il est rare dans le Qour’an de trouver un verset qui soutient l’une des croyances de ces deux groupes sans qu’un verset en faveur des croyances de l’autre groupe ne l’accompagne. Cela n’est rien d’autre qu’un test difficile que Dieu a imposé à Ses serviteurs pour distinguer les savants qui ont des bases solides en matière de connaissance et les adeptes. » »

*Remarque de l’auteur* : Les deux versions sont vraies. La conséquence inévitable de cela est la preuve que les serviteurs ont un libre arbitre dans leurs actions alors que Son autorité souveraine s’étend sur tout, y compris sur les actes des serviteurs. C’est la position doctrinale adoptée par les Gens de la Maisonnée (a).

À suivre inshaAllah ?
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

(18 : 78) *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience.*

Le pronom démonstratif *« ceci »* fait référence à ce que Moïse a dit, c’est-à-dire « cette chose que tu as dite est la raison de la séparation entre toi et moi ». Ou encore, il fait référence au temps, c’est-à-dire au temps de la séparation entre lui et Moïse. C’est ce que certains prétendent. Il pourrait également se référer à la séparation elle-même, c’est-à-dire que cette séparation est venue, comme si elle se rapportait à l’invisible et que l’heure de la séparation était arrivée lorsque Moïse a dit : *« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. »* Al-Khiḍr dit : *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi »* et pas juste « entre nous », pour le mettre en exergue. Il ne le dit qu’après la troisième objection car avant celle-ci, Moïse s’était excusé (après la première objection) et avait demandé une autre chance (après la deuxième objection). Pour ce qui est de la séparation après la troisième fois, Moïse a fourni une excuse à al-Khiḍr car il avait dit après la deuxième objection : *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, alors ne m’accompagne plus. »* Le reste du verset est clair.

(18 : 79) *Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.*

Ce verset commence par fournir des explications détaillées – ce qu’al-Khiḍr avait vaguement promis (*« tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »*)
_An aʿībahā_ veut dire « Je voulais le rendre défectueux ». Ce qui indique que *« tout bateau »* désigne tout bateau non endommagé.

*« …il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau »* : Le mot _warāʾ_ veut dire *« derrière »*, c’est-à-dire l’adverbe désignant un lieu, à l’opposé de l’autre adverbe désignant un lieu, auquel une personne fait face appelé « avant » ou « devant ». Cependant, il peut également être utilisé pour parler de ce dont une personne n’a pas conscience, lorsqu’il y a quelqu’un qui lui veut du mal ou qui veut lui causer du tort, même si celui-ci est devant elle, ou lorsque quelque chose détourne son attention de cette chose, ou lorsqu’une chose rend une personne trop préoccupée par elle-même pour toute autre chose, comme lorsqu’une personne détourne son visage de la direction à laquelle elle fait face. Dieu dit :

(23 : 7) *…alors que ceux qui cherchent au-delà de ces limites (_warāʾa dhalika_) sont des transgresseurs…*

(42 : 51) *Il n’a pas été donné à un mortel qu’Allah lui parle autrement que par révélation, ou de derrière (_warāʾa_) un voile.*

(85 : 20) *alors qu’Allah, derrière eux, les cerne de toutes parts (_min warāʾihim mouḥīṭ_).*

En bref, cela signifie : « Le bateau appartenait à un certain nombre de gens pauvres qui travaillaient et vivaient de la mer. Il y avait un roi tyrannique qui ordonnait la saisie des bateaux, alors j’ai voulu y faire un trou pour le rendre défectueux afin que le tyran ne le convoite pas et le leur laisse. »

(18 : 80) *Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants ; nous avons craint (_fa-khashīnā_) qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.*

Ce qui est le plus probable d’après le contexte du verset et d’après la déclaration à venir *« Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef »*  – c’est que _khashīnā_ signifie métaphoriquement, « nous nous inquiétions de la bonté et de la compassion » et non le sens littéral de l’état émotionnel en soi que Dieu et Ses Prophètes ne connaissent pas. Comme dit Dieu :

(33 : 39) *Ceux qui communiquent les messages d’Allah, Le craignant et ne redoutent nul autre qu’Allah…*

*« … qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance (_an yourhiqahoumā ṭoughyānan wa koufran_) »* veut dire que le garçon aurait pu mener ses parents à cela, c’est-à-dire à la désobéissance et l’ingratitude, en les détournant et en ayant un effet psychologique sur eux du fait de leur immense amour pour lui.
Cependant, le verset suivant _wa aqraba rouḥman_ (*« et plus affectueux »*) soutient que la désobéissance et l’ingratitude sont en fait deux compléments qui déterminent _irhāq_ (imposer), c’est-à-dire que ce sont deux attributs du garçon et non des parents.

(18 : 81) *Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur (_zakatan_) et plus affectueux (_aqraba rouḥman_).*

*« Plus pur »* que lui en termes de zakat veut dire meilleur que lui en termes de rectitude (ṣalāḥ) et foi (_īmāne_) comme attesté par le fait de l’opposer à la rébellion (_ṭoughyān_) et la mécréance (_koufr_) dans le verset précédent. On dit que la racine de _zakat_ désigne la pureté. *« Plus affectueux (_rouḥman_) »* veut dire plus attentionné envers ses parents (_awṣal li-l-raḥim_) et sa famille. Il ne leur mettra donc pas la pression. Le mot _aqrab_ (plus proche) ne peut pas s’interpréter comme « plus miséricordieux » envers eux. Ceci, comme le lecteur s’en rendra compte, confirme l’interprétation du verset précédent (_yourhiqahoumā ṭoughyānan wa-koufran_) comme un garçon accablant ses parents par sa rébellion et sa mécréance, sans aller jusqu’à les pousser à franchir les limites appropriées et à les accabler pour qu’ils tombent dans la mécréance. 

Le verset, en tout cas, fait allusion au fait que la foi de ses parents comptait beaucoup pour Dieu et qu’ils méritaient un bon fils qui soit affectueux envers ses parents. Ce qui était prescrit chez le garçon était contraire à cela et Dieu a donc ordonné à al-Khiḍr de le tuer afin qu’Il puisse le remplacer par un enfant qui serait meilleur et plus attentionné envers eux.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974

(18 : 82) *Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux ; et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient, [eux-mêmes] leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience. »*

Il ne serait pas étonnant de déduire du contexte que la ville mentionnée dans ce verset n’est pas la même que celle dans laquelle ils ont trouvé le mur qu’il a redressé. S’il s’agissait d’une seule et même ville, il n’y aurait pas eu besoin de dire que les deux orphelins étaient dans la ville. L’attention du lecteur/auditeur est attirée sur le fait qu’eux et ceux chargés de veiller sur eux n’étaient pas présents dans la ville.

Le fait de mentionner que les garçons étaient orphelins, qu’il y avait un trésor leur appartenant sous le mur, que si le mur s’effondrait, il serait exposé et perdu, et que leur père était juste, est un prélude et une introduction à l’affirmation *« Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité et qu’ils extraient leur trésor »* et la clause *« par une miséricorde de ton Seigneur »* montre qu’il s’agissait de Sa volonté.

C’est par Sa miséricorde qu’Il (swt) a souhaité qu’ils atteignent leur maturité pour extraire leur trésor. Le fait qu’ils puissent extraire eux-mêmes leur trésor dépendait du redressement du mur par al-Khiḍr. La raison de la miséricorde de Dieu envers eux était la droiture de leur père. Il était mort en laissant un trésor à ses orphelins.

Il y a beaucoup de discussions relatives à la droiture de leur père et le trésor qui leur appartenait sous le mur, dont la signification apparente est que leur père l’avait thésaurisé. Cette controverse s’appuie sur la croyance que la thésaurisation est répréhensible selon le verset : 

(9 : 34) *À ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le sentier d’Allah, annonce un châtiment douloureux.*

Cependant, le verset ne mentionne que le fait qu’il y avait un trésor leur appartenant sous le mur, sans indiquer que c’était leur père qui l’avait enterré et amassé. De plus, le fait que leur père soit décrit comme étant vertueux est la preuve que, quel que soit ce magot, ce n’était pas quelque chose de répréhensible, en admettant que ce soit leur père qui l’ait thésaurisé. En outre, il est possible que leur père vertueux l’ait thésaurisé pour eux pour une bonne raison. Qu’est-ce qui pourrait être plus grave que de faire un trou dans un bateau et de prendre la vie d’une personne dont le sang ne doit pas être versé - deux choses qui apparaissent dans l’histoire et qui ont été rendues permissibles par une explication sur ordre divin ? Il y a quelques traditions orales pertinentes sur cette question ci-dessous, si Dieu le veut.

Il est prouvé dans ce verset que la droiture d’une personne peut permettre à ses enfants d’hériter d’un bel héritage et peut les rendre heureux et bons. Ainsi, ce verset - sur la bonté - est comparable à :

(4 : 9) *Que la crainte saisisse ceux qui laisseraient après eux une descendance faible, et qui seraient inquiets à leur sujet…*

*« Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef. Voilà l’interprétation (_taʾwīl_) de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience (_mā lam tasṭiʿ ʿalayhi ṣabran_). »*

C’est une allusion au fait que quoi qu’il ait pu faire, il l’avait fait sur l’ordre de Dieu et non parce qu’il l’avait lui-même décidé.

_Ma lam tasṭiʿ alayhi ṣabran_ veut dire la même chose que _mā lam tastaṭiʿ ʿalayhi ṣabran_ (*« ce que tu n’as pas pu endurer avec patience »*).

Il est expliqué au début de l’exégèse de la Sourate Ali Imran que, selon la convention Coranique, le _taʾwīl_ (*« interprétation »*) est la réalité que contient une chose, son origine et ce sur quoi elle se fonde, comme le _taʾwīl_ d’un rêve qui signifie son interprétation. Le _taʾwīl_ d’une règle signifie la raison de celle-ci. Le _taʾwīl_ d’une action signifie le bénéfice à l’accomplir et son véritable but. Le _taʾwīl_ d’un incident signifie la véritable raison de celui-ci etc.

*« Voilà l’interprétation de ce que tu n’as pas pu endurer avec patience »* est une allusion d’Al-Khiḍr au fait que les justifications qu’il avait données pour les trois incidents et ses actes face à ces incidents étaient les véritables raisons de ceux-ci, et non les raisons apparentes qui, selon Moïse, pouvaient être liées aux actions d’Al-Khiḍr, à savoir causer la mort de ces gens en faisant un trou dans le bateau, tuer un garçon de manière injustifiée et ne pas considérer leur propre approvisionnement en redressant le mur.

Certains disent qu’un exemple de la remarquable politesse dont faisait preuve Al-Khiḍr envers son Seigneur lorsqu’il parlait était d’attribuer à lui-même les actions non exemptes de faute, comme *« Je voulais donc le rendre défectueux »*, et d’utiliser la première personne du pluriel pour désigner ce qui pouvait poliment être attribué à lui-même et à son Seigneur, comme *« nous avons craint »* et *« nous avons donc voulu »*. Il a également attribué à Dieu Seul tout ce qui lui était exclusif du fait qu’il était lui-même subordonné à Son statut de Seigneur (_rouboūbiyya_) et à Sa réglementation de ses biens (_tadbīr moulkihi_) ; par exemple *« Ton Seigneur a donc voulu que tous deux atteignent leur maturité »*…

*DISCUSSION HISTORIQUE EN DEUX PARTIES*

*1. L’histoire de Moïse et d’Al-Khiḍr dans le Qour’an*

Dieu a révélé à Moïse qu’il y avait parmi Ses serviteurs quelqu’un qui avait une connaissance que Moïse n’avait pas. Il lui a dit que s’il se rendait à l’endroit où les deux mers se rejoignent, il l’y trouverait – c’est là que le poisson mort reviendrait à la vie ou serait perdu.

Moïse a pris la décision de rencontrer ce savant et d’acquérir éventuellement un peu de son savoir. Il a fait part de sa décision à son serviteur et ils se sont mis en route vers l’endroit où les deux mers se rejoignent. Ils ont pris un poisson mort avec eux et ont marché jusqu’à arriver au confluent des mers. Ils étaient fatigués. Il y avait un rocher au bord de la mer et ils s’y sont réfugiés pour se reposer un peu. Ils ont oublié leur poisson à cause de leur distraction.

Tout à coup, le poisson a bougé et est tombé dans la mer, revenu à la vie - ou bien il est tombé, encore mort, et a coulé. Le serviteur l’a observé, émerveillé par son exploit. Cependant, il a oublié d’en parler à Moïse jusqu’à ce qu’ils quittent l’endroit et dépassent l’endroit où les deux mers se rencontrent. Ils étaient épuisés et Moïse a dit alors : « Apporte-nous notre déjeuner, car nous sommes fatigués après un tel voyage. »

Le serviteur a alors rapporté l’incident du poisson dont il a été témoin et a dit à Moïse : « Quand nous avons pris refuge près du rocher, le poisson est revenu en vie et est tombé dans la mer, nageant jusqu’à plonger dans ses profondeurs. Je voulais t’en parler mais Shaytan m’a fait oublier. » Une autre version est : « J’ai oublié le poisson près du rocher ; il est tombé dans la mer et a coulé. »

Moïse a dit : « Voilà ce que nous cherchions. Retournons là-bas. » Puis, ils sont retournés sur leurs pas et ont trouvé un des serviteurs de Dieu à qui Dieu avait accordé une grâce de Sa part et à qui Il avait enseigné une science émanant de Lui-Même. Moïse a demandé à ce serviteur s’il pouvait le suivre, afin qu’il lui enseigne un peu de la bonne direction que Dieu lui avait appris.

Le savant lui a dit : « Vraiment, tu ne pourras pas endurer ce que tu verras de mes actes, dont la signification ne fait pas partie de tes connaissances. Comment endurerais-tu des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance ? » Moïse lui a donc promis d’être patient et de ne pas désobéir à ses ordres, si Dieu le veut. Suite à ce que Moïse lui a demandé et a promis, le savant dit à Moïse : « Si tu me suis, ne m’interroge sur rien tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »

Là-dessus, Moïse et le savant se sont mis en route avant d’embarquer sur un bateau avec d’autres passagers. Moïse n’avait aucune idée des intentions du savant. Le savant a alors fait un trou si grand dans le bateau qu’il allait inévitablement couler. Cela a choqué Moïse et lui a fait oublier ce qu’il avait promis, alors il a demandé au savant : « Est-ce pour noyer ses occupants que tu l’as ébréché ? Tu as commis, certes, une chose monstrueuse ! » Le savant lui a répondu : « N’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? » Moïse s’est excusé en disant qu’il avait oublié sa promesse d’être patient : « Ne t’en prends pas à moi, dit [Moïse,] pour un oubli de ma part ; et ne m’impose pas de grande difficulté dans mon affaire. »

Ils ont continué un peu avant de rencontrer un garçon. Le savant l’a tué et Moïse n’a pu s’empêcher de s’indigner et de le condamner pour cela, en disant :

(18 : 74) *« As-tu tué un être innocent, qui n’a tué personne ? Tu as commis certes, une chose affreuse ! »*

Le savant lui a dit pour la deuxième fois :

(18 : 75) *« Ne t’ai-je pas dit que tu ne pourrais pas garder patience en ma compagnie ? »*

Tout ce que Moïse avait en guise d’excuse et pour l’empêcher de l’abandonner - ce dont son âme n’était pas satisfaite - était de lui demander de le laisser l’accompagner pour le moment. Il pourrait laisser Moïse s’il lui posait une autre question. Il a demandé une autre chance en disant :

(18 : 76) *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit [Moïse,] alors ne m’accompagne plus. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »*

Le savant a accepté. Ils ont ensuite repris la route jusqu’à ce qu’ils arrivent à une ville. Comme ils avaient faim, ils ont demandé de la nourriture aux habitants, mais aucun d’entre eux n’était disposé à les accueillir comme invités. Ils sont alors tombés sur un mur sur le point de s’effondrer - ce que les gens craignaient - et le savant l’a redressé. Moïse lui a dit :

(18 : 77) *« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire.* [Ce qui aurait permis d’assouvir notre faim. Nous en avions besoin car les gens refusaient de nous inviter.] »

Le savant lui a alors dit :

(18 : 78-79) *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience. Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.*

(18 : 80) *« Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants ; nous avons craint qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.* [Cependant, la miséricorde divine s’est manifestée sur eux et Il m’a ordonné de le tuer afin qu’Il (swt) puisse le remplacer par un enfant plus pur et plus attentionné. Je l’ai tué comme Il (swt) me l’avait ordonné.]

(82) *Et quant au mur, il appartenait à deux garçons orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor à eux ; et leur père était un homme vertueux.* [Et c’est ainsi que la miséricorde divine s’est déversée sur eux en raison de la droiture de leur père ; Dieu m’a ordonné de redresser le mur afin qu’il reste debout jusqu’à ce qu’ils atteignent la maturité et déterrent leur trésor. S’il s’était effondré, la nature de leur trésor aurait été mise à nu et le peuple en aurait eu connaissance.] »

Al-Khiḍr a dit :

(18 : 82) *« Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef.* [Je l’ai fait sous l’ordre de Dieu. La raison en est ce que je t’ai expliqué.] »

Il s’est ensuite séparé de Moïse.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

Les _shayṭāns_ sont des malfaiteurs qui détournent les gens du droit chemin, de sorte que leur intervention pour réglementer les affaires des cieux, de la terre ou de l’humanité – ce qui ne se produira jamais à moins que Dieu ne le permette – serait contradictoire par rapport à la coutume divine (_sunna_) de guider tout le monde, puisque cela reviendrait à diriger les gens vers ce qui est bon par le biais de quelque chose dont le seul but est de semer le trouble et vers la guidance par le biais de quelque chose dont la spécialité est d’égarer. Cela est impossible.

C’est ce que veut dire le segment « *Et Je n’ai pas pris comme aides ceux qui égarent [les autres]* ». Le sens manifeste est que ce n’est pas Sa coutume (_sunna_) de prendre ceux qui égarent comme aides.

Le fait qu’Il dise : « *Je ne les ai pas pris comme témoins…* » au lieu de « ils n’étaient pas témoins » prouve qu’Il (swt) est Celui qui soumet (_al-Qāhir_), le Maître (_al-Mouhaymine_) par rapport à eux sur tout événement. Ceux qui disent que les diables, les anges ou autres sont partenaires de Dieu en matière de régulation des affaires ne disent pas qu’ils sont autonomes à cet égard mais plutôt qu’ils sont en possession des affaires de Dieu. (Selon ces gens) cette possession leur est confiée par délégation de Sa part – ils sont seigneurs et dieux et Dieu est le Seigneur des seigneurs et le Dieu des dieux.

L’interprétation ci-dessus du verset est basée sur la lecture de _ishhād_ au sens littéral du mot et des deux pronoms à la troisième personne du pluriel dans « *Je ne les ai pas pris comme témoins* » et « *de leurs propres personnes* », comme se référant à Iblīs et sa progéniture – ce qui est manifeste et apparaît clairement du contexte. Toutefois, des exégètes ont exprimé d’autres avis, parmi lesquels :

*Avis 1* : Faire d’eux des témoins de la création des cieux et de la terre est une métaphore pour dire les consulter. En effet, le niveau le plus bas pour confier une responsabilité à quelqu’un est de le consulter à ce sujet. Refuser leur aide revient à refuser tous les autres niveaux d’aide ; ce qui conduit à en être soi-même en charge ou en avoir le contrôle. C’est comme si on disait : « Je ne les ai pas consultés au sujet de la création des cieux et de la terre et je n’ai pas cherché à obtenir une aide quelconque de leur part, alors d’où proviendrait leur autorité sur les cieux et la terre ? »

*Remarque* : Il n’y a pas de fondement contextuel (_qarīna_) justifiant cette interprétation métaphorique et rien n’empêche d’interpréter ces mots littéralement. De plus, il n’y a aucun lien entre le fait d’être consulté sur quelque chose et en avoir la responsabilité, telle que la consultation constituerait un niveau quelconque de mise en responsabilité du consultant.

*Avis 2* : Certains expliquent cela en disant que faire d’eux des témoins est une allusion à la consultation. Une part indissociable de la consultation consiste à les créer comme ils le souhaitent, c’est-à-dire les créer à la perfection. Ne pas faire des _shayṭān_ des témoins de leur propre création signifie qu’ils n’ont pas été créés à la perfection, et qu’ils ne seraient donc pas en mesure d’être en charge de la régulation des affaires.

*Remarque* : Outre le fait que cette interprétation pose le même problème que l’interprétation précédente, notez que :

a. Cela revient à dire quelque chose mais à vouloir dire quelque chose d’autre, comprenant cinq niveaux d’implication : D’après cette interprétation, consulter est concomitant à faire de quelqu’un un témoin. Créer selon les désirs du consultant est concomitant à faire de lui un consultant. Créer ce que souhaite le consultant est concomitant à créer ce qui plaît au consultant. Créer le consultant à la perfection est concomitant à la création de ce qui est agréable pour le consultant. La pertinence de confier une responsabilité au consultant est concomitante à sa création parfaite. Le Livre clair est trop sublime pour des énigmes tels que le fait de dire « faire des témoins » signifierait en réalité créer des êtres parfaits, ou évoquer la pertinence de leur confier une responsabilité en faisant allusion à ce qui est concomitant au sens, quatre ou cinq fois éloigné.

b. Même si cette interprétation était correcte, elle ne serait correcte que pour ce qui est de les rendre témoins de leur propre création et non de la création des cieux et de la terre. Cela signifierait qu’il faudrait distinguer « témoins de leur propre création » et « témoins de la création des cieux et de la terre. »

c. Ce que cette interprétation implique forcément est qu’il serait correct que ceux qui sont créés à la perfection, comme les anges privilégiés, soient aux commandes. Elle concède qu’il est possible pour eux d’avoir le contrôle et qu’il est possible pour eux d’être des seigneurs. Toutefois, cette hypothèse est explicitement réfutée par le Qour’an. Un être qui dépend de Dieu et qui a besoin de Dieu est loin d’être autonome pour se réguler et réguler les autres :

(79 : 5) *et règlent les affaires*

que l’on expliquera (dans cette partie) si Dieu le veut.

*Avis 3* : « Faire d’eux des témoins » est à prendre au sens littéral et les deux pronoms à la troisième personne du pluriel désignent les satans. Cependant, les rendre témoins de leur propre création signifie les rendre témoins de la création des uns des autres, et non pas que chaque individu soit témoin de sa propre création.

*Remarque* : Rejeter l’idée qu’ils soient devenus témoins est concomitante au rejet de l’idée qu’ils soient responsables. Aucun des polythéistes n’a dit que l’un des satans est responsable de quelque autre des leurs. Le but n’est pas de nier la _wilāya_, de sorte que la formulation du verset serait interprétée comme faisant référence à certains d’entre eux comme étant témoins de la création des autres.

*Avis 4* : Le premier pronom fait référence aux satans et le second aux mécréants seulement, ou à eux et à d’autres personnes. Le sens est : « Je n’ai pas rendu les satans témoins de la création des cieux et de la terre, ni de la création des infidèles ou des gens en général – ce qui les aurait rendus maîtres d’eux (si Je l’avais fait). »

*Remarque* : Il faudrait pour cela que les deux pronoms se réfèrent à deux choses différentes.

*Avis 5* : Les deux pronoms font référence aux mécréants. L’imam al-Rāzī dit dans son exégèse :

« Je pense que l’explication la plus probable est que les deux pronoms font référence aux mécréants qui ont dit au Messager (s) : « Si vous ne chassez pas ces pauvres gens de votre assemblée, nous ne croirons pas en vous. » C’est comme s’Il (swt) disait : « Ceux qui ont émis cette suggestion irrecevable et cette véhémence inutile n’étaient pas Mes partenaires dans la régulation du monde, comme en témoigne le fait que Je ne les ai pas rendus témoins de la création des cieux et de la terre ou de leur propre création. Je n’ai pas obtenu leur aide dans la régulation du monde ou de l’au-delà. Au contraire, ils sont identiques au reste de la création, alors pourquoi ont-ils eu l’audace d’émettre cette suggestion invalide ? » C’est similaire à quelqu’un qui vous fait de lourdes suggestions. Vous lui diriez : « Vous n’êtes pas le sultan du pays au point que nous devrions accepter ces énormes suggestions, alors pourquoi nous les faites-vous ? »

Cette interprétation est basée sur le fait qu’un pronom doit faire référence à ce qui vient d’être mentionné. Dans ce verset, il s’agit des mécréants, car ce sont eux qui sont désignés par « les injustes » dans la phrase : « *Quel mauvais échange pour les injustes !* »

*Remarque* : Nous avons à faire à une rupture dans le contexte si nous considérons que le contenu du verset dépend (indirectement) de ce qui a été traité dans : « *Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur insouciant* » (23 versets plus haut) alors que le discours renvoie déjà au début du chapitre, encore et encore, exemple après exemple, et rappel après rappel. Le sens auquel il croit est extrêmement improbable.

De plus, la suggestion mentionnée ci-dessus faite au Prophète (s) : « Si vous ne chassez pas ces pauvres gens de votre assemblée, nous ne croirons pas en vous » est une suggestion qui n’a rien à voir avec la régulation des affaires du monde et ne justifie pas que « *Je ne les ai pas pris comme témoins* » soit une réponse à cette suggestion. Au contraire, elle montre juste que ces mécréants acceptent de devenir croyants à condition que le Prophète (s) chasse ces gens de son assemblée, sans se fonder sur une quelconque prétention à avoir été des témoins.

*Avis 6* : Une explication similaire est proposée. Ce verset veut dire : « Je ne les ai pas mis au courant des secrets de la création. Ils n’ont pas acquis de Moi quelque chose d’exclusif qui les distingue de tous les autres, de sorte que leur croyance en toi devrait être un exemple à suivre pour les gens. Ainsi, ne désire pas leur aide - il n’est pas approprié pour Moi d’obtenir de l’aide pour Ma religion de ceux qui égarent les autres. »

*Remarque* : Ces deux explications sont encore plus improbables que celle de l’imam al-Rāzī. Comme le verset est loin de signifier ce qu’ils ont concocté !

*Avis 7* : Les deux pronoms font référence aux anges. Ainsi, cela signifie : « Je n’ai pas fait des anges des témoins de la création du monde ou d’eux-mêmes pour qu’ils soient adorés à Ma place. » Il faut ajouter à cela que le segment « *Et Je n’ai pas pris comme aides ceux qui égarent [les autres]* » réfute la tutelle des satans. Pris dans son ensemble, le début et la fin du verset, réfutent la tutelle des deux groupes. Autrement, seule la fin du verset la réfute.

*Remarque* : Le verset précédent ne s’adressait aux mécréants que par rapport à leur affirmation que les satans sont des maîtres. Il se réfère ensuite à eux avec un pronom pluriel dans la clause « *alors qu’ils sont vos ennemis ?* », mais n’aborde aucune des affaires des anges. Ainsi, prétendre que les deux pronoms font référence aux anges et non aux satans bouleverse la logique. Se soucier de rejeter une croyance selon laquelle les anges sont en charge consiste à aborder quelque chose qui n’est pas requis dans le contexte verbal (_siyāq_) et qui n’est pas dicté par le contexte intentionnel (_maqām_).

À suivre inshaAllah ?
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

(18 : 48) *Et ils seront présentés (ʿouriḍoū) en rang devant ton Seigneur. Vous voilà venus à Nous comme Nous vous avons créés la première fois. Et vous pensiez que nous n’allions pas vous fixer de rendez-vous et remplir Nos promesses !*

Le contexte montre que le pronom pluriel (« ils ») dans_ʿouriḍoū_ ainsi que les deux pronoms pluriels dans le verset précédent (« les » et « eux ») font référence aux polythéistes qui sont sûrs d’eux et des causes apparentes auxquelles leur vie est liée. Ils s’accrochent aux ornements de la vie comme s’ils étaient éternels. Cela revient à se déconnecter de leur Seigneur, à nier qu’ils retourneront à Lui et à ne pas se soucier de savoir si ce qu’ils font plaît ou déplaît à Dieu.

C’est ainsi que les polythéistes agissent aussi longtemps que l’épreuve va durer, aussi longtemps que les ornements sont offerts, aussi longtemps que les causes apparentes les entourent et aussi longtemps que la matière n’est pas arrivée à son terme. Puis, au moment venu, les causes seront supprimées, les espoirs anéantis et Dieu transformera tout ce qui s’y trouve en sol aride sans végétation et il ne restera plus que Dieu, eux et leur livre d’actes enregistrés à leur encontre. Ils seront présentés devant leur Seigneur auquel ils ne croyaient pas. S’ils avaient cru en Lui, ils L’auraient adoré. Ils seront présentés en rang pour le jugement décisif, sans espace entre eux ou de distinction entre eux fondée sur leur lignée, leur fortune ou leur position sur terre. Il leur deviendra alors apparent que Dieu est la vérité manifeste et ce qu’ils interpellaient à Sa place, les ornements de la vie auxquels ils s’accrochaient, leur autonomie et les causes préparées à leur intention, n’étaient qu’illusions et ne se substituaient pas à Dieu. Ils avaient tort de s’accrocher à eux, de se détourner de la voie de Dieu et de ne pas suivre ce qu’Il voulait qu’ils suivent. C’était en effet leur conception car ils pensaient à tort qu’il n’y aurait pas d’endroit où ils auraient à se tenir debout et assumer leurs choix.

Cette explication met en exergue le fait que ces quatre phrases (*« Et ils seront présentés », « Vous voilà venus », « Et vous pensiez que » « Et on déposera le livre »*) sont des étapes fondamentales sélectionnées dans le récit complet de ce qui se passera ce jour-là entre eux et leur Seigneur, depuis l’instant où ils seront rassemblés jusqu’à leur jugement. Je me limite à ceux-ci par souci de concision.

*« Et ils seront présentés en rang devant ton Seigneur »* fait premièrement allusion au fait qu’ils n’auront d’autre recours que de retourner à leur Seigneur.
Deuxièmement, ils ne seront pas honorés lors de cette réunion. Ce sont les termes *« devant ton Seigneur »* qui donnent cette impression. S’ils devaient être honorés, nous aurions eu : « leur Seigneur » comme dans les versets :

(98 : 8) *Leur récompense auprès de leur Seigneur sera les Jardins de séjour, sous lesquels coulent les ruisseaux…*

(11 : 29) *… ils auront à rencontrer leur Seigneur…*

Autrement, le verset aurait été : « Et ils seront présentés devant Nous » comme dans les versets précédents.

Troisièmement, les différentes formes de supériorité et signes de distinction dans le monde – la lignée, la fortune et la position dans la société – disparaîtront. Ils seront debout en une seule rangée sans distinction entre les grands et les petits, les riches et les pauvres, les maîtres et les esclaves. La seule marque de distinction ce jour-là sera fondée sur les actes. À ce moment-là, il deviendra clair pour eux qu’ils s’étaient leurrés durant leur vie sur terre et qu’ils s’étaient égarés. Ils entendront donc des propos comme : *« Vous voilà venus à Nous… »*

*« Vous voilà venus à Nous comme Nous vous avons créés la première fois. »* Nous avons du style direct. Cela sous-entend : « Il leur dira… » ou « Nous leur dirons : « Vous voilà venus à Nous… » ». Cela met le doigt sur leurs erreurs et leurs égarements dans ce monde car ils se sont accrochés à ses garnitures et à ses ornements, ce qui a détourné leur attention de la voie de Dieu et de la religion.

La clause *« Et vous pensiez que nous n’allions pas vous fixer de rendez-vous »* veut dire la même chose que dans le verset :

(23 : 115) *Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans but, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ?*

Même si la phrase semble constituer une digression par rapport à la précédente, le sens sous-entendu est : « Les ornements de ce monde, votre attachement à votre propre personne, et les causes apparentes vous ont détournés de Nous adorer et d’emprunter Notre voie. Vous pensiez en fait que Nous n’allions pas vous fixer un rendez-vous pour Nous rencontrer et Nous rendre des comptes. En d’autres mots, même si le fait que ce monde vous a égaré et le fait que vous vous êtes attachés à ses ornements constituent les raisons pour lesquelles vous vous êtes détournés de Nous et pour lesquelles vous avez commis de nombreuses erreurs, il y avait une raison préalable à tout cela et qui était à l’origine de tout le reste : vous pensiez que Nous n’allions pas vous fixer un rendez-vous. » Oublier la résurrection est la cause première de l’égarement de la voie de Dieu et des mauvaises actions. Dieu dit :

(38 : 26) *ceux qui s’égarent du sentier d’Allah auront un dur châtiment pour avoir oublié le Jour des Comptes.*

La raison pour laquelle on leur attribue une croyance erronée - qu’il n’y a pas de résurrection - est que leur engouement pour le monde et leur attachement à ses ornements et à ceux qu’ils invoquent à la place de Dieu correspond à l’agissement de ceux qui pensent qu’ils vivront éternellement et qu’ils ne retourneront pas à Dieu. Ainsi, c’est la croyance qui se reflète dans leur attitude et leurs actions.

Il est également possible que ce verset soit une figure de style pour signifier qu’ils ne se soucient pas du commandement de Dieu et qu’ils prennent de haut Ses avertissements, comme dans le verset :

(41 : 22) *Mais vous pensiez qu’Allah ne savait pas beaucoup de ce que vous faisiez.*

Il est possible que la clause *« Et vous pensiez que nous n’allions pas vous fixer de rendez-vous »* soit une réponse à leur excuse qu’ils n’étaient pas au courant ou quelque chose de similaire, mais Dieu sait mieux.

(18 : 49) *Et on déposera le livre [des actes] (_Waḍʿ al-kitāb_). Alors tu verras les criminels, effrayés (_moushfiqīn_) à cause de ce qu’il y a dedans, dire : « Malheur à nous (_Ya waylatana_), quel est donc ce livre à n’omettre de mentionner ni péché véniel ni péché capital ? » Et ils trouveront devant eux tout ce qu’ils auront fait. Et ton Seigneur ne fait du tort à personne.*

_Waḍʿ al-kitāb_ désigne le fait de présenter devant Lui afin qu’Il juge en s’appuyant sur le livre. _Moushfiqīn_ est dérivé du mot _shafaqa_ dont la racine veut dire « gentillesse ». Al-Rāghib dit dans Moufradāt al-Qourʾān :

_Ishfāq_ est un mélange d’inquiétude et de crainte car le _moushfiq_ aime l’objet du _ishfāq_ (_moushfaq ʿalayh_) tout en craignant ce qui adviendra de lui. Dieu dit :

(21 : 49) *…et ils redoutent (_moushfiqoūn_) l’Heure (la fin du monde).*

Lorsqu’il devient transitif avec l’ajout de la préposition mine (à cause de), l’idée d’inquiétude est plus marqué. Dieu dit :

(52 : 26) *Ils diront : « Nous vivions au milieu des nôtres dans la crainte (moushfiqīn) [d’Allah] »*

et

(42 :18) *tandis que ceux qui croient en sont craintifs (_moushfiqoūna minhā_)*

_Wayl_ veut dire périr. Il est employé en période d’affliction et est une manière de dire que l’affliction est pire que la mort, à tel point qu’une personne implore la mort de la libérer de la peine, tout comme une personne peut souhaiter la mort lorsqu’elle fait face à une calamité. Dieu cite Maryam lorsqu’elle endurait les douleurs de l’enfantement :

(19 : 23) *« Malheur à moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! »*

*« Et on déposera le livre »* : Le contexte suggère qu’il s’agit d’un seul livre répertoriant les actes de chacun. Toutefois, cela ne contredit pas l’idée qu’un livre distinct sera attribué à chaque personne. Certains versets Coraniques disent que chaque personne aura son propre livre, d’autres que chaque nation (_oumma_) aura son propre livre, et un troisième groupe de versets dit qu’il y aura un seul livre pour tout le monde.

(17 : 13) *Et au cou de chaque homme, Nous avons attaché son œuvre. Et au Jour de la Résurrection, Nous lui sortirons un écrit qu’il trouvera déroulé.*

(45 : 29) *Voilà Notre Livre. Il parle de vous en toute vérité…*

Ces deux derniers versets seront étudiés plus tard, si Dieu le veut.

On dit également que « le livre » désigne les livres d’actes et que l’article défini est utilisé pour indiquer l’intégralité du genre. Cependant, le contexte ne soutient pas cette interprétation.

*« Alors tu verras les criminels effrayés à cause de ce qu’il y a dedans »* : Cette phrase qui exprime la conséquence au dépôt du livre et qui témoigne de la peur de ce qu’il contient prouve qu’il s’agit de livre d’actes ou de livre répertoriant leurs actes. Les qualifier de « criminels » fait allusion au motif de leurs craintes et au fait que leur peur de ce qui s’y trouve est occasionnée par leur culpabilité. Ainsi, le prédicat (ḥoukm) concerne toute personne coupable même si elle n’est pas polythéiste.

*« [Et ils] dir[ont] : « Malheur à nous, quel est donc ce livre à n’omettre de mentionner ni péché véniel (_saghīra_), ni péché capital (_kabīra_) ? » Et ils trouveront devant eux tout ce qu’ils auront fait. »* : _Ṣaghīra_ (petit) et _kabīra_ (grand) sont deux adjectifs qui prennent la place du nom qu’ils décrivent : un péché, un acte de désobéissance, une erreur insignifiante ou quelque chose de similaire. Ces paroles qui leur sont attribuées sous forme de question rhétorique exclamative, expriment leur étonnement et leur terreur face à l’autorité du livre qui répertorie tous leurs péchés ou tous les faits incluant des péchés. Ainsi, on comprend la raison pour laquelle le petit péché est mentionné avant le grand dans *« ni péché véniel, ni péché capital »*, même s’il aurait été plus cohérent de dire que le livre n’omet ni grand, ni petit péché, en nous basant sur le fait que la phrase a un sens positif et qu’il aurait été hiérarchiquement correct de partir du grand vers le petit. La raison sous-jacente à cela  – Dieu sait mieux – est que le livre n’omet pas de petit péché malgré leur insignifiance et leur trivialité, ni de grand péché malgré son énormité ou son évidence. Dans le contexte de la terreur déguisée en étonnement, prendre en compte les petits péchés en dépit de leur insignifiance et de leur trivialité est d’autant plus approprié.

Il apparaît d’après le contexte que la phrase *« Et ils trouveront devant eux tout ce qu’ils auront fait »* introduit une nouvelle idée (_taʾsīs_) et n’est pas une explication de *« quel est donc ce livre à n’omettre de mentionner ni péché véniel, ni péché capital ? »* Ainsi, ce qui se trouvera devant eux, ce sont leurs actes véritables, sous des formes appropriées, et non leur livre d’actes. Cela est similaire à :

(66 : 7) *Ô vous qui avez mécru ! Ne vous excusez pas aujourd’hui ; vous ne serez rétribués que selon ce que vous œuvriez.*

Cela est également confirmé par la clause : *« Et ton Seigneur ne fait du tort à personne. »* En nous fondant sur la croyance que tous les actes revêtiront une forme physique, l’idée qu’il n’y aura pas d’injustice est plus facile à saisir car ce pour quoi ils seront récompensés ou punis sera leurs actes. Ils reviendront à eux et les rattraperont et personne ne pourra rien y faire. C’est quelque chose que le lecteur doit comprendre.

À suivre inshaAllah 
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974