Les _shayṭāns_ sont des malfaiteurs qui détournent les gens du droit chemin, de sorte que leur intervention pour réglementer les affaires des cieux, de la terre ou de l’humanité – ce qui ne se produira jamais à moins que Dieu ne le permette – serait contradictoire par rapport à la coutume divine (_sunna_) de guider tout le monde, puisque cela reviendrait à diriger les gens vers ce qui est bon par le biais de quelque chose dont le seul but est de semer le trouble et vers la guidance par le biais de quelque chose dont la spécialité est d’égarer. Cela est impossible.
C’est ce que veut dire le segment « *Et Je n’ai pas pris comme aides ceux qui égarent [les autres]* ». Le sens manifeste est que ce n’est pas Sa coutume (_sunna_) de prendre ceux qui égarent comme aides.
Le fait qu’Il dise : « *Je ne les ai pas pris comme témoins…* » au lieu de « ils n’étaient pas témoins » prouve qu’Il (swt) est Celui qui soumet (_al-Qāhir_), le Maître (_al-Mouhaymine_) par rapport à eux sur tout événement. Ceux qui disent que les diables, les anges ou autres sont partenaires de Dieu en matière de régulation des affaires ne disent pas qu’ils sont autonomes à cet égard mais plutôt qu’ils sont en possession des affaires de Dieu. (Selon ces gens) cette possession leur est confiée par délégation de Sa part – ils sont seigneurs et dieux et Dieu est le Seigneur des seigneurs et le Dieu des dieux.
L’interprétation ci-dessus du verset est basée sur la lecture de _ishhād_ au sens littéral du mot et des deux pronoms à la troisième personne du pluriel dans « *Je ne les ai pas pris comme témoins* » et « *de leurs propres personnes* », comme se référant à Iblīs et sa progéniture – ce qui est manifeste et apparaît clairement du contexte. Toutefois, des exégètes ont exprimé d’autres avis, parmi lesquels :
*Avis 1* : Faire d’eux des témoins de la création des cieux et de la terre est une métaphore pour dire les consulter. En effet, le niveau le plus bas pour confier une responsabilité à quelqu’un est de le consulter à ce sujet. Refuser leur aide revient à refuser tous les autres niveaux d’aide ; ce qui conduit à en être soi-même en charge ou en avoir le contrôle. C’est comme si on disait : « Je ne les ai pas consultés au sujet de la création des cieux et de la terre et je n’ai pas cherché à obtenir une aide quelconque de leur part, alors d’où proviendrait leur autorité sur les cieux et la terre ? »
*Remarque* : Il n’y a pas de fondement contextuel (_qarīna_) justifiant cette interprétation métaphorique et rien n’empêche d’interpréter ces mots littéralement. De plus, il n’y a aucun lien entre le fait d’être consulté sur quelque chose et en avoir la responsabilité, telle que la consultation constituerait un niveau quelconque de mise en responsabilité du consultant.
*Avis 2* : Certains expliquent cela en disant que faire d’eux des témoins est une allusion à la consultation. Une part indissociable de la consultation consiste à les créer comme ils le souhaitent, c’est-à-dire les créer à la perfection. Ne pas faire des _shayṭān_ des témoins de leur propre création signifie qu’ils n’ont pas été créés à la perfection, et qu’ils ne seraient donc pas en mesure d’être en charge de la régulation des affaires.
*Remarque* : Outre le fait que cette interprétation pose le même problème que l’interprétation précédente, notez que :
a. Cela revient à dire quelque chose mais à vouloir dire quelque chose d’autre, comprenant cinq niveaux d’implication : D’après cette interprétation, consulter est concomitant à faire de quelqu’un un témoin. Créer selon les désirs du consultant est concomitant à faire de lui un consultant. Créer ce que souhaite le consultant est concomitant à créer ce qui plaît au consultant. Créer le consultant à la perfection est concomitant à la création de ce qui est agréable pour le consultant. La pertinence de confier une responsabilité au consultant est concomitante à sa création parfaite. Le Livre clair est trop sublime pour des énigmes tels que le fait de dire « faire des témoins » signifierait en réalité créer des êtres parfaits, ou évoquer la pertinence de leur confier une responsabilité en faisant allusion à ce qui est concomitant au sens, quatre ou cinq fois éloigné.
b. Même si cette interprétation était correcte, elle ne serait correcte que pour ce qui est de les rendre témoins de leur propre création et non de la création des cieux et de la terre. Cela signifierait qu’il faudrait distinguer « témoins de leur propre création » et « témoins de la création des cieux et de la terre. »
c. Ce que cette interprétation implique forcément est qu’il serait correct que ceux qui sont créés à la perfection, comme les anges privilégiés, soient aux commandes. Elle concède qu’il est possible pour eux d’avoir le contrôle et qu’il est possible pour eux d’être des seigneurs. Toutefois, cette hypothèse est explicitement réfutée par le Qour’an. Un être qui dépend de Dieu et qui a besoin de Dieu est loin d’être autonome pour se réguler et réguler les autres :
(79 : 5) *et règlent les affaires*
que l’on expliquera (dans cette partie) si Dieu le veut.
*Avis 3* : « Faire d’eux des témoins » est à prendre au sens littéral et les deux pronoms à la troisième personne du pluriel désignent les satans. Cependant, les rendre témoins de leur propre création signifie les rendre témoins de la création des uns des autres, et non pas que chaque individu soit témoin de sa propre création.
*Remarque* : Rejeter l’idée qu’ils soient devenus témoins est concomitante au rejet de l’idée qu’ils soient responsables. Aucun des polythéistes n’a dit que l’un des satans est responsable de quelque autre des leurs. Le but n’est pas de nier la _wilāya_, de sorte que la formulation du verset serait interprétée comme faisant référence à certains d’entre eux comme étant témoins de la création des autres.
*Avis 4* : Le premier pronom fait référence aux satans et le second aux mécréants seulement, ou à eux et à d’autres personnes. Le sens est : « Je n’ai pas rendu les satans témoins de la création des cieux et de la terre, ni de la création des infidèles ou des gens en général – ce qui les aurait rendus maîtres d’eux (si Je l’avais fait). »
*Remarque* : Il faudrait pour cela que les deux pronoms se réfèrent à deux choses différentes.
*Avis 5* : Les deux pronoms font référence aux mécréants. L’imam al-Rāzī dit dans son exégèse :
« Je pense que l’explication la plus probable est que les deux pronoms font référence aux mécréants qui ont dit au Messager (s) : « Si vous ne chassez pas ces pauvres gens de votre assemblée, nous ne croirons pas en vous. » C’est comme s’Il (swt) disait : « Ceux qui ont émis cette suggestion irrecevable et cette véhémence inutile n’étaient pas Mes partenaires dans la régulation du monde, comme en témoigne le fait que Je ne les ai pas rendus témoins de la création des cieux et de la terre ou de leur propre création. Je n’ai pas obtenu leur aide dans la régulation du monde ou de l’au-delà. Au contraire, ils sont identiques au reste de la création, alors pourquoi ont-ils eu l’audace d’émettre cette suggestion invalide ? » C’est similaire à quelqu’un qui vous fait de lourdes suggestions. Vous lui diriez : « Vous n’êtes pas le sultan du pays au point que nous devrions accepter ces énormes suggestions, alors pourquoi nous les faites-vous ? »
Cette interprétation est basée sur le fait qu’un pronom doit faire référence à ce qui vient d’être mentionné. Dans ce verset, il s’agit des mécréants, car ce sont eux qui sont désignés par « les injustes » dans la phrase : « *Quel mauvais échange pour les injustes !* »
*Remarque* : Nous avons à faire à une rupture dans le contexte si nous considérons que le contenu du verset dépend (indirectement) de ce qui a été traité dans : « *Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur insouciant* » (23 versets plus haut) alors que le discours renvoie déjà au début du chapitre, encore et encore, exemple après exemple, et rappel après rappel. Le sens auquel il croit est extrêmement improbable.
De plus, la suggestion mentionnée ci-dessus faite au Prophète (s) : « Si vous ne chassez pas ces pauvres gens de votre assemblée, nous ne croirons pas en vous » est une suggestion qui n’a rien à voir avec la régulation des affaires du monde et ne justifie pas que « *Je ne les ai pas pris comme témoins* » soit une réponse à cette suggestion. Au contraire, elle montre juste que ces mécréants acceptent de devenir croyants à condition que le Prophète (s) chasse ces gens de son assemblée, sans se fonder sur une quelconque prétention à avoir été des témoins.
*Avis 6* : Une explication similaire est proposée. Ce verset veut dire : « Je ne les ai pas mis au courant des secrets de la création. Ils n’ont pas acquis de Moi quelque chose d’exclusif qui les distingue de tous les autres, de sorte que leur croyance en toi devrait être un exemple à suivre pour les gens. Ainsi, ne désire pas leur aide - il n’est pas approprié pour Moi d’obtenir de l’aide pour Ma religion de ceux qui égarent les autres. »
*Remarque* : Ces deux explications sont encore plus improbables que celle de l’imam al-Rāzī. Comme le verset est loin de signifier ce qu’ils ont concocté !
*Avis 7* : Les deux pronoms font référence aux anges. Ainsi, cela signifie : « Je n’ai pas fait des anges des témoins de la création du monde ou d’eux-mêmes pour qu’ils soient adorés à Ma place. » Il faut ajouter à cela que le segment « *Et Je n’ai pas pris comme aides ceux qui égarent [les autres]* » réfute la tutelle des satans. Pris dans son ensemble, le début et la fin du verset, réfutent la tutelle des deux groupes. Autrement, seule la fin du verset la réfute.
*Remarque* : Le verset précédent ne s’adressait aux mécréants que par rapport à leur affirmation que les satans sont des maîtres. Il se réfère ensuite à eux avec un pronom pluriel dans la clause « *alors qu’ils sont vos ennemis ?* », mais n’aborde aucune des affaires des anges. Ainsi, prétendre que les deux pronoms font référence aux anges et non aux satans bouleverse la logique. Se soucier de rejeter une croyance selon laquelle les anges sont en charge consiste à aborder quelque chose qui n’est pas requis dans le contexte verbal (_siyāq_) et qui n’est pas dicté par le contexte intentionnel (_maqām_).
À suivre inshaAllah ?
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974
Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, 29ème partie
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Le Noble Coran



















