Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, (18:78)

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Tafssir de la Sourate al-Kahf, La caverne, (18:78)

(18 : 78) *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi, dit [l’homme,] Je vais t’apprendre l’interprétation de ce que tu n’as pu supporter avec patience.*

Le pronom démonstratif *« ceci »* fait référence à ce que Moïse a dit, c’est-à-dire « cette chose que tu as dite est la raison de la séparation entre toi et moi ». Ou encore, il fait référence au temps, c’est-à-dire au temps de la séparation entre lui et Moïse. C’est ce que certains prétendent. Il pourrait également se référer à la séparation elle-même, c’est-à-dire que cette séparation est venue, comme si elle se rapportait à l’invisible et que l’heure de la séparation était arrivée lorsque Moïse a dit : *« Si tu voulais, tu aurais bien pu réclamer pour cela un salaire. »* Al-Khiḍr dit : *« Ceci [marque] la séparation entre toi et moi »* et pas juste « entre nous », pour le mettre en exergue. Il ne le dit qu’après la troisième objection car avant celle-ci, Moïse s’était excusé (après la première objection) et avait demandé une autre chance (après la deuxième objection). Pour ce qui est de la séparation après la troisième fois, Moïse a fourni une excuse à al-Khiḍr car il avait dit après la deuxième objection : *« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, alors ne m’accompagne plus. »* Le reste du verset est clair.

(18 : 79) *Pour ce qui est du bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. Je voulais donc le rendre défectueux, car il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau.*

Ce verset commence par fournir des explications détaillées – ce qu’al-Khiḍr avait vaguement promis (*« tant que je ne t’en aurai pas fait mention. »*)
_An aʿībahā_ veut dire « Je voulais le rendre défectueux ». Ce qui indique que *« tout bateau »* désigne tout bateau non endommagé.

*« …il y avait derrière eux un roi qui saisissait de force tout bateau »* : Le mot _warāʾ_ veut dire *« derrière »*, c’est-à-dire l’adverbe désignant un lieu, à l’opposé de l’autre adverbe désignant un lieu, auquel une personne fait face appelé « avant » ou « devant ». Cependant, il peut également être utilisé pour parler de ce dont une personne n’a pas conscience, lorsqu’il y a quelqu’un qui lui veut du mal ou qui veut lui causer du tort, même si celui-ci est devant elle, ou lorsque quelque chose détourne son attention de cette chose, ou lorsqu’une chose rend une personne trop préoccupée par elle-même pour toute autre chose, comme lorsqu’une personne détourne son visage de la direction à laquelle elle fait face. Dieu dit :

(23 : 7) *…alors que ceux qui cherchent au-delà de ces limites (_warāʾa dhalika_) sont des transgresseurs…*

(42 : 51) *Il n’a pas été donné à un mortel qu’Allah lui parle autrement que par révélation, ou de derrière (_warāʾa_) un voile.*

(85 : 20) *alors qu’Allah, derrière eux, les cerne de toutes parts (_min warāʾihim mouḥīṭ_).*

En bref, cela signifie : « Le bateau appartenait à un certain nombre de gens pauvres qui travaillaient et vivaient de la mer. Il y avait un roi tyrannique qui ordonnait la saisie des bateaux, alors j’ai voulu y faire un trou pour le rendre défectueux afin que le tyran ne le convoite pas et le leur laisse. »

(18 : 80) *Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants ; nous avons craint (_fa-khashīnā_) qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.*

Ce qui est le plus probable d’après le contexte du verset et d’après la déclaration à venir *« Je ne l’ai d’ailleurs pas fait de mon propre chef »*  – c’est que _khashīnā_ signifie métaphoriquement, « nous nous inquiétions de la bonté et de la compassion » et non le sens littéral de l’état émotionnel en soi que Dieu et Ses Prophètes ne connaissent pas. Comme dit Dieu :

(33 : 39) *Ceux qui communiquent les messages d’Allah, Le craignant et ne redoutent nul autre qu’Allah…*

*« … qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance (_an yourhiqahoumā ṭoughyānan wa koufran_) »* veut dire que le garçon aurait pu mener ses parents à cela, c’est-à-dire à la désobéissance et l’ingratitude, en les détournant et en ayant un effet psychologique sur eux du fait de leur immense amour pour lui.
Cependant, le verset suivant _wa aqraba rouḥman_ (*« et plus affectueux »*) soutient que la désobéissance et l’ingratitude sont en fait deux compléments qui déterminent _irhāq_ (imposer), c’est-à-dire que ce sont deux attributs du garçon et non des parents.

(18 : 81) *Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur (_zakatan_) et plus affectueux (_aqraba rouḥman_).*

*« Plus pur »* que lui en termes de zakat veut dire meilleur que lui en termes de rectitude (ṣalāḥ) et foi (_īmāne_) comme attesté par le fait de l’opposer à la rébellion (_ṭoughyān_) et la mécréance (_koufr_) dans le verset précédent. On dit que la racine de _zakat_ désigne la pureté. *« Plus affectueux (_rouḥman_) »* veut dire plus attentionné envers ses parents (_awṣal li-l-raḥim_) et sa famille. Il ne leur mettra donc pas la pression. Le mot _aqrab_ (plus proche) ne peut pas s’interpréter comme « plus miséricordieux » envers eux. Ceci, comme le lecteur s’en rendra compte, confirme l’interprétation du verset précédent (_yourhiqahoumā ṭoughyānan wa-koufran_) comme un garçon accablant ses parents par sa rébellion et sa mécréance, sans aller jusqu’à les pousser à franchir les limites appropriées et à les accabler pour qu’ils tombent dans la mécréance. 

Le verset, en tout cas, fait allusion au fait que la foi de ses parents comptait beaucoup pour Dieu et qu’ils méritaient un bon fils qui soit affectueux envers ses parents. Ce qui était prescrit chez le garçon était contraire à cela et Dieu a donc ordonné à al-Khiḍr de le tuer afin qu’Il puisse le remplacer par un enfant qui serait meilleur et plus attentionné envers eux.

À suivre ...
Source : Tafssir-e-Mizan, Allamah Tabataba’i
Traduit par l’équipe Shia974 

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